Bienvenue
Bienvenue chez moi. Tu seras toujours biennnnnnnnnnnvenueeeeeeee chez moi.
Vous connaissez la chanson?
Bin moi aussi, et en ce moment un peu trop.
C'était bien le temps où je claquais des doigts et où les problèmes trouvaient des mécaniciens, des perceuses, des plombiers, des gros bras, des couturières, bref, tout pour leur résolution. Rien n'a signé la fin de ce temps, bien au contraire. Mon nouveau lit de princesse trône dans ma chambre et sonne la fin du matelas désinvoltement jeté à terre, caractéristique de l'emmenagement. J'ai choisi mon lit vendredi. Je suis allée en week-end, et lundi il était là, tout monté, bien consolidé, et avec des systèmes incroyables parce que attention, ce genre de sommier là ça va lui faire mal au dos ça. Samedi le téléphone sonne. C'est le petit frère de ma mère. Il est à la station service du coin. Il voudrait que je lui emmène ma nouvelle voiture pour qu'il la fasse nettoyer; je souris, c'est mignon. Je suis l'aimée.
Mais je suis aussi l'envahie, puisque chaque médaille a son revers.
Ce soir, pendant que je me demandais avec quoi j'allais manger mes pâtes ( des lardons ou encore des lardons pour changer?), mon téléphone sonne pour régler le problème. C'est mon oncle, mon parrain, qui m'apporte à manger. C'est la béquée. Le riz fumant, les légumes tendres et la viande, jusqu'à la dernière bouchée il m'a veillée manger. Puis il est parti, content, après avoir conclu que oui, son système de literie sera bien pour moi, et que oui, je pouvais faire une machine, les branchements étaient bien faits. Que oui, j'avais bien mangé puisque demain j'aurai cours. Moi je souris moins. J'avais oublié, ou plutôt j'avais pris de mauvaises habitudes de filles de bonnes familles très loin, très secrètes. Et voilà ce qui sera sans doute le seul choc culturel du retour au pays natal : l'omniprésence de la famille. Je ne serai plus jamais seule.
Il faut impérativement mettre des barrières, et vite. Moi qui comptais continuer à tenir secrètes mes relations, toutes, ça va relever de la prouesse. Rien que ça ; demain et après demain soir, Elle dort à la maison. Je fais quelle tête, moi, s'il prend l'envie au grand et gros baraqué de venir me livrer la becquée, quand il sera nez à nez avec Elle, sa voix masculine et ses sourcils épilés, au lit, en train de se faire les ongles de pieds?
Mais pour l'instant je vais encore laisser couler et me laisser couler dans ce truc merveilleux et égoïste : il y a des gens qui mettent un pied devant l'autre pour que je dorme bien. Ca me paraît toujours incroyable.