Merci Anne
Ce soir je tiens à remercier une de mes profs, Anne, parce qu'elle m'a filé une méthode ( de fille spécifiquement?) qui éclaire et sauve chaque jour un peu plus ma vie, en ce moment. Je sais pas pourquoi, les professeurs de Lettres femmes ont jamais pu me voir en peinture durant toute ma scolarité, alors que mon vieux et moustachu prof de sixième est venu me chercher comme une star pour mon premier jour de stage. Ceci dit, c'est avec ces femmes que j'ai le plus appris. Elles m'ont pétrie un peu brutalement, mais mon façonnement porte leurs empreintes, et c'est tant mieux.
Anne, donc, m'a appris un truc un jour, comme ça : quand on ne sait pas, et que l'on est du mauvais côté du bureau, on fait semblant. Quoi, parce que vous gober tout ce que je vous dis? Voilà ce qu'elle a rajouté, petite boutade censée couper court à notre réflexion réflexe : c'est quoi le mauvais côté du bureau?
Cette question accessoire a vite trouvé sa réponse lorsque j'ai eu ma soutenance. Alors là, très visiblement, le mauvais côté, c'était pour moi. J'ai respiré et j'ai appliqué la méthode Anne. J'ai fait semblant que vraiment, mes théories existaient par elles-mêmes, et que vraiment oui, il fallait que le monde entier en soit persuadé. Et c'est passé.
Vendredi j'ai eu mes deux premières classes, et je me suis demandée encore une fois qui était du mauvais côté du bureau : eux ou moi? Avant même la méthode Anne, j'avais heureusement prévu une autre méthode dérivative et légèrement subversive mais ô combien utile les premiers jours, les premiers contacts. Et ça je l'ai trouvé toute seule, c'est donc la nouvelle méthode pédagogique Mademoiselle S. Et c'est une méthode de fille, stratégiquement rose bonbon. C'était surtout flagrant avec les petits, mais l'expérience a montré qu'avec des sixième, ça marche aussi. C'est la méthode du truc bizarre. Vous voulez vous attirer la sympathie de vos élèves? Vous voulez un calme plat et une attention sans limite pour votre premier cour? Vous êtes une fille? Partez à la recherche dans vos accessoires ou votre armoire d'un truc bizarre. En l'occurence, vendredi, le truc était un collier péruvien alambiqué, énorme, bleu et gris, massif et imposant. Et ça a pas loupé. La moitié féminine de la classe se demandait où est-ce qu'elle pouvait se procurer le même pendant que la moitié masculine se demandait d'où ça provenait. Et pendant que leurs yeux ronds me suivaient à la trace et que même la mouche du coin s'était arrêtée de voler, hypnotisée, j'ai pu asseoir mon semblant d'autorité et leur subconscient a enregistré les règles de vies et autres banalités sans grande importance des cours d'introduction.
Demain il faudra sans doute trouver mieux pour monopoliser l'attention : j'ai des terminales qui n'ont qu'un mot en tête : Baccalauréat.
Rassurez-vous cependant - et j'en suis aussi rassurée, d'ailleurs- je n'ai pas eu à appliquer la méthode Anne ; je sais ce que j'enseigne à vos mioches.
Enfin, à 99%.