Syncrétisme religieux
Un mot un peu compliqué pour une réalite qui ne s'encombre pas de complications, justement. Il faut que je vous parle de la situation religieuse de la Réunion et de l'espèce de bric à brac des croyances qui fait le pacifisme de l'île. Petit flash-back historique : après l'esclavage, la Réunion se compose d'anciens esclaves (africains) et d'engagés ( successivement indiens, chinois, malgaches...). Tout ce beau monde a sa religion propre : leur culte a été encouragé par le pouvoir en place pour les pousser à rester sur l'île, tout comme les mariages inter-raciaux. Et pendant ce temps là, la France, fille aînée de l'église, ne désespère pas de sauver leur âme : il faut christianiser. Pour mémoire, on retiendra que presque toutes les communes de l'île s'appellent Saint-Quelque chose. Les nouveaux arrivants ont-ils d'emblée pratiqué les deux religions? Se sont-ils rendus à la messe pour "faire bien" sans accorder plus d'intêret à ce culte? Je ne sais. Ma grand-mère dit toujours que lorsqu'on est métisse, on croit métisse. De fait, je me suis toujours heurtée à l'incompréhension (toute naturelle?) des européens sur mes pratiques religieuses, qui sont aussi les pratiques de milliers d'autres. Ah, on trouve ça mignon une île où tout le monde s'entend et tout le monde s'aime, mais quand il faut passer aux travaux pratiques, soit on vous regarde comme de doux crétins ( ils sont gentils hin , on leur demande de croire et ils croient), soit comme les derniers des infidèles ( tu es chrétien, c'est bien. Quoi? tu es indou en même temps, c'est mal!).
Si nous devions êtres doux crétins, se serait uniquement dans la mesure où, en effet, il n'y a pas matière à réfléchir sur des domaines ou personne ne pourra jamais trancher. C'est vrai quoi? Qui pourra jamais m'assurer que le Dieu des catholiques est le seul à exister? Ou à ne pas exister? En même temps, je vois très mal la panoplie divine indoue cohabiter avec le Seul et l'Unique, à la même table qu'Allah, se partageants les fidèles au pourcentage près, comme les dirigeants de la communauté européene lorsqu'ils s'attribuent des quotas de pêches. Le réunionnais donc, fait hardiment fi de tout celà, et pratique plusieurs religions, à des dégrés differents, souvent parce qu'ils les a héritées des ses parents. Un parent catholique et un parent hindouiste, c'est souvent égal à un baptême de chaque côté et des parcours partagés. Je connais même des familles indou-musulmanes. Et si je ne dis pas trop de bêtise, une bonne partie de la communauté chinoise est aussi catholique.
Là où les choses sont un peu moins idéales, parce que faut pas déconner hin, le paradis sur terre, c'est pas non plus prouvé, c'est lorsque les différentes croyances laissent place à un arbitraire de l'interprétation. Les croyances -ou plutôt les superstitions- attachées à une religion transitent joyeusement vers une autre et on perd tout bon sens. On jette du sel pour chasser les mauvaises âmes,ce qui est une pratique chrétienne, aux croisées des chemins de temples tamouls. Et on évite d'aller à la messe quand on a ses règles : ce qui découle de la pratique hindouiste. Il faut bien avouer, c'est du grand n'importe quoi.
Autre souci aussi, c'est que nous ne sommes pas des anges. Pas tous. Autant certains pratiquent deux ou trois religions, autant d'autres, créoles réunionnais même, pincent la lèvre et dédaignent ce qui se passe sous leur propre fênetre. Et d'un certain racisme religieux on passe facilement a un racisme communautaire. Les catholiques purs et durs ( souvent les blancs de l'île, héritage colonial voudrait?) rejettent non seulement les pratiques barbares et idôlatres des tamouls et donc, les tamouls eux même. Une union intercommunautaire ne serait par exemple pas la bienvenue, j'en passe et des meilleures.
Quoiqu'il en soit je n'ai pas l'impression que la Réunion soit assise sur une poudrière. Les uns iront au temple, les autres à l'église, et peut-être tout à la fois, et ce sera toujours ainsi sous le soleil des tropiques.