Le point final
Par quoi je commence? Vous expliquer pourquoi je suis à Paris ou vous expliquer ce que j'y fais? Non parce qu'il s'agit de deux choses différentes.
Allez, on va commencer par un bout, faut bien.
Comme je suis une fille et que les filles sont des planificatrices, cela faisait très longtemps que je savais que je devrais revenir à Paris. Ce mois-ci, et dans la précipitation. En fait, j'étais censée arriver et faire surpriiiiise au Garçon. Vous savez, celui avec qui j'ai abandonné la lutte. Parce qu'en fait, s'il m'avait vraiment sue, il aurait anticipé sur le fait que moi, j'abandonne jamais. Cette année donc, entre les acouphènes, les pauses maladies, la paresse, les grèves du CPE et la fermeture de la Sorbonne, j'ai pas fini mon mémoire. Say mal, je sais, mais moi, je suis une fille courageuse à la limite du suicidaire. J'ai donc sabré mon compte en banque pour faire un grand écart entre la Réunion et Paris. Payer de ma poche le billet, le déménagement. Et, bosser pendant toutes les vacances pour produire mon quota de pages concernant le seul et unique principe auquel j'adhère, celui de l'effondrement des mythes féminins littéraires insulaires ( oui, ok, je vous épargne pour ce soir, je vous en parlerai plus tard). Sur mon planning ministériel j'ai eu donc ma rentrée à l'IUFM il y a presque un mois, et moin point final parisien par la soutenance de mon mémoire. Cette semaine. Je ne suis donc ici que pour une huitaine: ma vie résumée par la course, comme d'habitude. Et si peu de temps pour dire je t'aime, et pour dire au revoir, vraiment,encore.
C'est ma dernière bataille. Je vais essayer d'y aller me faire massacrer avec grâce, vu la faible consistance de mes théories littéraires, mais j'irai quand même, parce que je n'abandonne jamais rien ni personne. Voilà pour les raisons de ce voyage parenthèse. J'essaye de finir les oeuvres e ma vie comme dirait Petite.
Après, faut pas déconner, faut que je vous raconte ce que je fais à Paris. Avant l'heure de la mort de la soutenance. Ce que je fais? Si vous saviez. Je pourrai vous raconter que ceux sont les journées du patrimoine, que j'ai visité le conseil d'Etat et le Sénat. Aussi je pourrai vous dire que j'ai caressé les murs de la Sorbonne. Que les rues ont toujours les mêmes noms dans ma ville et que les chaussures sont toujours aussi amourachantes à Paris. Mais je vais plutôt vous dire mes dernières heures dans le creux chaud et l'amour caressant des autres. Un Starbuck pour un moka avec la Grande et des histoires pas croyables sur son mec. Un japonais avec la nouvelle promo de Petite, les anciens, les nouveaux, les taquins coréens, le garçon indien toujours guindé et rassurant. Les filles qui piaillent. Les fous rires indécents autour de l'oncle qui attend impatient qu'on débranche son respirateur. On survit toujours comme on peut, en somme. Et puis un peu plus d'intimité pour une Tarte chez Julie avec le couple de l'année, le Garçon Voyageur et sa demie déesse. Une façon de me demander des nouvelles de ma santé qui ne soit ni empreinte de pitié, ni de faux espoir. Et me laisser la possibilité d'y répondre sans avoir envie de pleurer, sans lénifier. Coucher de soleil et crêpes nutella coco à Saint-Michel, pour cloches qui sonnent sur le parvis de notre Dame. Je goûte à eux. C'est doux. Et quand je vous écris toute seule là, ça devient amer.