Le pied papaye
On a planté un manguier juste en face de la fenêtre de ma chambre. J'en ai été fort irritée pendant longtemps. Il me faisait de l'ombre en cachant le soleil. Alors, malgré mon unique présence de deux mois par an, on l'a quand même remplacé par un papayer. On dit un pied ici. Un pied de papayes, un pied de mangue.
Quand je suis arrivée en Juin, le papayer était plein à craquer. Et pas des papayes blêmes et petites comme on en voit dans les supermarchés européens. Non, des vrais, grandes, grosses, boursouflées et pointant vers le sol comme d'immenses seins verts attendant la délivrance. Mais les papayes étaient vertes et elles l'étaient depuis deux mois déjà. Juillet est passé, puis Août est arrivé. Presque six mois que les papayes étaient là, intactes et vertes. Même les martins, oiseaux voleurs de papayes et tout fruits sucrés, avaient abandonné. Depuis quelques temps déjà, le soir venu, je suis frugivore. Pas par caprice, mais plutôt par équilibre du régime alimentaire. Et ça faisait quatre mois sans papayes. Quatre mois que je me mettais sous le pied et que je les suppliais : "hey, pousse!".
Mom était d'avis que le pied était contrarié. Contrarié par quoi, je ne sais pas. Peut-être par mon arrivée dont on avait oublié de le prévenir? J'avais abandonné tout espoir, quand, hier, j'ai remarqué que l'un des seins géants avait viré au jaune. Sur le téton, sur le bout du bout. Et aujourd'hui, le jaune monte, un peu comme une montée de lait à l'envers.
Si je m'ingénue tant à trouver des signes, il faudrait sans doute prendre en compte celui-là aussi. Les choses finissent par mûrir.