Et si c'était moi
Les gens font d'ordinaire très peu attention aux représentations mentales. Moi aussi.
En ce moment, je suis dans une période d'activité où j'applique constamment la méthode Anne. Cette méthode est aussi utilisable par les garçons, mais c'est un truc que je vous raconterai plus tard et si possible pas sur l'oreiller, plutôt dans mon bureau.
Je passe donc mes nuits à m'imaginer, à un entretien, en train de donner un cours, en train de convaincre mon banquier de me faire un prêt, ou en train de ronronner assez fort pour me faire offrir la jolie petite robe chocolat chez Pourquoi Pas, même coupe que Marylin sur sa plaque d'aération.
Je m'imagine, je m'imagine.
Et à force de m'imaginer, j'ai fini par noter un détail qui pourtant, par son incongruité, aurait du me sauter aux yeux ou à la gorge il y a des millions d'années. Quand je m'imagine, je m'imagine avec un enfant.
Je vois le bureau du banquier et je vois sa moustache. Je ne note pas la couleur de sa chemise, ni de mon pantalon. Je me vois de dos, et je vois l'arrondi de mon bras, le petit bout de doudou sur mon épaule, le pan du lange de l'enfant, mourrant sur le bras de la chaise.
Je me vois debout devant mes élèves, le tableau vert ( pourquoi les tableaux ont-ils réputation d'êtres noirs?) et le grand A de la première sous-partie, schéma actanciel à l'appui. Et je suis debout avec la craie à la main droite, et le bras gauche occupé. La main gauche pleine d'une petite forme dont la tête, que l'on ne devine même pas, se perd sous le creux de mon sein. Le pan du lange tombe comme le pan d'un sari, le long de mon bras.
Je suis assez nulle en psychologie de comptoir mais sans doute ce nouveau moi relève-t-il de la difficile naissance, ou des avortements, de certains de mes projets.
Quoiqu'il en soit, prêtez attention à vos représentations mentales de vous-même, on ne sait jamais.
Promis, demain j'arrête les notes de filles-psycho-dramatiques.