Corazon partido
Précipitez-vous sur le carnet d'adresses et fuyez, fuyez. Car ce soir c'est le retour de la Saturday note de fille. Je ne l'avais même pas vue venir, mais devant son urgence (et devant la chute libre de mes stats après la note d'hier) je crois que je peux, je crois que je dois.
Ce soir donc, un remake du "j'me sens pas belle", mais en pire.
Toute la journée, j'ai eu un comportement étrange. Je me suis faite trop belle -surtout pour aller à une fête de fin d'année, celle de Fine- et j'ai dévisagé tout le monde. J'essayais de voir par dessus mon épaule si l'on me regardait. J'ai scruté tous les yeux masculins en anticipant un éventuel détour sur ma personne, j'ai guetté le froncement de sourcil des filles jalouses.
Tout a commencé autour d'un café, hier, avec la nièce de mon oncle par alliance de la belle-famille de par mon grand-oncle, blablabla. Un sucre en moins et je m'enquiers de la vie de la jeune et dynamique demoiselle. Tout roule pour elle. Elle est belle. Elle est mince envers et contre tous les repas de famille. Elle a une chouette petite voiture de ville. Une chouette coiffeuse, un chouette petit job. Elle a un mec. Et ils emmenagent bientôt ensemble. En fait elle est aux anges; ils viennent de recevoir les clefs. Et pour faire très bien, elle a un appart' plus grand que grand pour moins cher que pas cher grâce à une petite magouille aux services sociaux. Voilà, je l'aime bien, mais quand même, elle m'a tuée.
Longtemps je me suis occupée des débuts (déboires?) sentimentaux de Petite pour ne pas penser aux miens. Mais quand la réalité vous rattrape, dur dur de les garder fermés, les yeux. Déjà un an et demi que je suis célibataire. Et ça ne me pèse pas. Ce qui m'inquiète, c'est de voir dégringoler les probabilités de trouver le bon à mesure que les mois passent. D'abord, il y a ce que j'appelle la faillite des 22 ans. J'ai passé mon après-midi comme une pin-up de Canal + qui essayerai de trouver la meilleure pose. J'ai soupesé mon nez, j'ai essayé de trouver le meilleur angle pour mon profil. Exposition à la lumière du soleil, sans... Bouche en coeur, moins en coeur, sourire, pas sourire. J'en suis même arrivée à essayer d'insufler de la grâce à mes coudes et à mes pieds, et triste verdict. Vous avez beau fuir toute votre jeunesse, on dirait qu'arrive un moment où le gène fessier de votre grand-mère se révèle en vous. A 18 ans j'avais les épaules hautes, fines et droites. Un dos de demie déesse, de petits molets qui m'attendrissaient moi-même (!). Aujourd'hui j'ai les épaules qui tombent et ma constitution me rattrappe. J'ai pris les triceps et les mollets un poil trop developpés des hommes de la famille, à force de tout faire moi-même. Mes reins se creusent et mes fesses s'arrondissent tellement qu'on dirait que je le fais exprès. A des jeux d'ombres chinoises, on pourrait presque voir à travers moi la silhouette de la matante Thérèse d'Alice Sinaman. Et croyez moi, quand je regarde ma mère, ça ne fait pas du tout, mais pas du tout, rire. Il y a une faillite des bonnes résolutions aussi : les cheveux que j'ai mis du temps à grandir crèvent tous les matins un peu plus sur le sol de ma chambre et ma taille s'épaissit toujours plus même si la balance affiche un poid de plus en plus léger. Bientôt le soleil d'été va rougir ma peau et mes cheveux ; une cafrine rouge on appelle ça. A Paris les gens se retournaient un peu sur moi, histoire de jauger la différence ( ok, c'était des papys libidineux et je râlais), mais ici je me fonds dans la masse avec une incroyable facilité. On ne me voit pas. Surtout à côté de la cruche de 20 ans en pantalon blanc lycra avec string panthère integré.
Bon, mettons que Dieu existe, et que j'en trouve un qui m'aime pour autre chose que mon physique. Qu'est-ce qu'il pourrait bien trouver en moi. Ecrire, dessiner, et suranalyser font en général fuir les hommes. Je ne pratique pas de métier hypra interressant et je suis aussi désargentée que Don Quichotte. Côté vie pratique j'habiterai sans doute dans un 3m² l'année prochaine et j'oublierai de me coiffer pour réviser mes cours.
Tout pour plaire en somme.
Et pendant ce temps, j'oublie ce que ça fait d'avoir des sentiments. Une éternité maintenant que mon ventre ne s'est pas tapissé à l'interieur de frissons pour un homme. Une éternité que, d'instinct, je ne me suis pas transformée en chatte, mi ronronnante, mi aggressive, pour garder dans les miens les beaux yeux d'un homme. Je ne me forcerai pas : je ne me jetterai pas dans les bras du premier venu par manque. A tant m'auto-consoler je peux bien continuer encore un peu. Je renonce doucement au reflexe d'aller me cacher dans des bras plus gros que les miens quand la fatigue me taraude trop. Je suis en train de laisser tomber, de pleurer sur la tombe d'un destin enterré avant même sa naissance : celui d'un Monsieur S qui m'embrasserait les paupières en rentrant du boulot. C'est peut-être ça le pire. Moi qui ai toujours tenu à ce que Petite restaure ses illusions perdues, je suis en train de perdre les miennes. Mon égo en prend peut-être un coup; je réalise que si j'étais faite pour être facilement aimée, aimable, j'aurai déjà eu à mes pieds autres choses que de la cendre et des cheveux fanés.
Bon allez, c'est fini, on remballe les mouchoirs, et on note que sont interdits à cette note les commentaires du type " l'amour finira par venir, blablabla" et " tu es quand même jolie blablabla" . En fait, rares seront les commentaires bienvenus, mais vous pouvez toujours essayer.
Et demain pour me faire pardonner, je vous raconte comment se mettre un mec dans la poche en moins de temps qu'il ne faut pour dire : " je suis désolée".