Peut-être
J'ai horreur des hommes qui disent "peut-être".
Quand j'étais petite et conne, je passais ma vie à tanner mon père. M'emmèneras-tu au cinéma? On va manger une pizza samedi? Tu viens demain?
Toute sa vie il a répondu, et répond encore : peut-être.
Les peut-êtres sont telles les infinies possibilités de variantes possibles dans une formule mathématique.
Ils voulaient dire : si je trouve un bon alibi, peut-être je viendrais. Ou si ma femme sort avec ses copines, peut-être je viendrais. Peut-être, si nous avons le temps de faire la route jusque l'autre bout de l'île, alors je t'emmenerai au restaurant, là où personne ne risquerait de me reconnaître.
Les peut-êtres sont les formules magiques des hommes, des pères, des amis, qui ne vous appartiennent pas, qui ne seront jamais à vous corps et biens.
Quand j'étais petite et conne, le fait qu'il me soulève jusqu'au plafond me suffisait pour croire qu'il était un chouette père. Et le moteur silencieux de sa luxueuse voiture me suffisait pour croire qu'il était un homme affairé. Et lorsqu'il arrivait - par hasard- parce que son emploi du temps conjugal le lui permettait, il criait " surprise" et comme j'était petite et conne, j'y croyais.
Mais maintenant je suis grande et désabusée. Je me méfie des hommes qui disent peut-être.