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Carnet Réunionnais

Lundi 3 juillet 2006

Bon, il faut l'avouer, je suis un peu accro aux Nouvelles Technologies, en public gentillement inculte ( z'avez vu , j'ai réussi à mettre un marqueur estat toute seule : deux heures de brain-storming). Portable, appareil photo, ordinateur et internet, vous ferez de moi un femme heureuse. De fait, rien d'étonnant à ce que j'ouvre un blog un jour. Je vous rassure tout de suite, cette rubrique n'est pas un "pourquoi je blog? où vais-je? qui suis-je?". C'est juste le premier article de la catégorie des Carnets réunionnais. Et sans suspens, il traite des blogs.

Avec la relative accessibilité d'Internet ( au moins en 56k) je pensais qu'allaient fleurir sur la toile des blogs réunionnais, petits fils me reliant à mes compatriotes un peu plus solidement. Et j'ai cherché, cherchééé-éh, sans trouver foison. Evidemment, je vous passe les blogs sans noms de chez Sky. Personnellement, si la Réunion était representée par ça, ou ça, je me serai faite parisienne sur l'heure.  Non en fait j'ai quand même mieux cherché et j'ai dégoté des choses intéressantes. Voici donc ma selection de blog réunionnais à découvrir.

Les Carnets de Rhum tout d'abord : moi qui suis fan de la vie en Carnets, je ne pouvais qu'adorer, surtout quand on voit que l'auteur manie aussi bien la plume que le crayon à dessin, ou encore l'outil informatique. Joli design pour joyeux contenu.

Plus près du Journal Intime ( mais encore très loin de mes épanchements sentimentaux, je vous rassure) on remarquera le très agréable -visuellement et intellectuellement- IciAilleurs  de Yannick. Des catégories assez nombreuses pour qu'on puisse y trouver son n'affair et surtout une rubrique "actualité" assez concise.

On s'éloigne définitivement du Journal de vie et on entre dans les reflexions sociétaires avec Zarabes. Je l'ai découvert quand j'étais en métropole. Un peu cloisonné, je me suis longtemps demandé si ce blog - à priori écrit à plusieurs mains- était objectif et surtout, représentatif d'une communauté ( c'est leur ambition?). Je vous laisserai en juger.

J'aime aussi le ton assez incisif du Pirate de la Réunion. Agrée mordant, souvent jamais content, on pourrait peut être lui reprocher d'être toujours râleur. Mais râleur éclairé.

Nous reste à signaler, pour les férus de politique des blogs traitant exclusivement du sujet, comme celui de Max Belvisée ou d' Eric Fruteau

Comment ne pas faire des mentions spéciales, pour terminer, à un site assez ancien, le LZS de Lionel ou le Blog d'une Réunionnaise aux USA.

Petit bémol tout de même, ces gens bloguent, et le font bien, mais n'ont pas l'air de beaucoup se connaître entre eux. Je ne suis pas du tout partisanne des rencontres entres bloggeurs ou autre communautarisme de la toile mais je trouve ça dommage. Ou alors je ne vois pas les coulisses où se déroulent leurs secrètes tractations.

Quoiqu'il en soit on regrette qu'il n'y ait pas plus de blogs intéressants à lire de créoles ou de métropolitains arrivants à la Réunion. Ou alors, manifestez-vous!

700 millions de blogs, et moi et moi et moi...

Par Mademoiselle S
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Jeudi 6 juillet 2006

Je sens que cette note va me coûter quelques lecteurs, mais tant pis. Quand on est pas d'accord, on dit non, comme Kourouma aurait pu le dire s'il était resté en vie ( ça c'est une autre histoire, je vous raconterai plus tard). Que les choses soient claires! je n'ai rien contre le foot et je suis même contente que notre équipe soit arrivée en finale. Quitte à faire du sport, c'est toujours plus doux d'être les meilleurs. J'aime bien le sport et je préfère en faire que le regarder ( s'ils passaient du cyclisme dans l'avion, je finirai peut-être par dormir 12 heures). D'ailleurs j'abhorre le cliché du mec affalé dans son canapé, une bière posée sur le sommet de son ventre, devant un match de foot. Rassurons-nous; ce cliché est de toute façon passé de mode.

Mais disons  les choses clairement ; une coupe du monde, sur la fin, ça me gave. Pas pour elle-même, mais pour ses répercutions. Très grande occupation des canaux télévisés ( bon ok, de toute façon à la Réunion, il y a pas grand chose à regarder quand on a pas le sat'), une presse écrite réduite au service minimum et de nombreux tête à tête avec le répondeur de bon nombres d'amis. Tup tup, je suis fatigué parce que j'ai regardé le match hier soir, rappelle-moi Mademoiselle. Ah oui mais pas demain hin, parce que demain je vais boire un verre avec les copains et on se repasse le match.  Prévoyante, je booke les Garçons les jours sans rencontres, je supporte pendant une gentille demie heure leurs impressions footbalistiques, et m'intêresse à leurs pronostic, et puis basta... Quoique, visiblement, pour certains, c'est pas basta. La vie semble s'arrêter pendant les tournois; ça s'explique pas, ça s'appelle la passion.

Mais derrière la passion, je me demande si ne se cache pas la distraction. De ceux qui transforment leur garage en cuisine géante et se payent des home télévisions, combien étaient réellement passionnés de foot avant le mondial, hum? Je ne sais plus quel philosophe ( des lumières?) disait que notre vie n'était qu'une quête de la distraction avant la mort. L'engouement me semble prendre des proportions telles que c'est à se demander si la coupe du monde n'est pas un lointain pretexte  pour se remplir la panse et être un peu heureux. En attendant, les bébés avec tétines en bouche, les chiens et les quelques coqs ont l'air de se demander à quels saint se vouer.

Réellement, ce qui me laisse le plus  pantoise, c'est l'effet de masse, l'instinct grégaire qui semble s'emparer de nos compatriotes de toute l'union européenne, et auquel la Réunion n'a pas l'air de vouloir échapper. Je me souviens d'un docu sur une petite Nadjmia, 13 ans, qui refusait de porter le voile et se trimbalait avec des garçons pour jouer, pour aller à l'école. Les gens la traitait de tous les noms dans la rue et on essayait par tous les moyens de la couvrir. La reporter, une femme arabe de 34 ans, avait fuit son pays et adopté le mode de pensée européen. De retour pour une rencontre avec la petite Nadjmia, elle demandait aux garçons qui l'insultait : "Pourquoi tu l'insultes?" Et ils répondaient "C'est mal de monter à vélo". Elle répliquait : "Qui a dit que ce n'était pas bien?  Les femmes dans le monde montent à vélo, c'est mal?". Et, bêbêtes, ils répondaient " Je ne sais pas qui l'a dit... mais c'est mal".  C'est un peu ça l'effet de masse que l'on a pu voir à Saint-Denis ou au Port. Je ne sais pas quel rapport entre secouer une voiture et être heureux, mais je la secoue quand même. Je ne sais pas qui a dit qu'il fallait montrer ses fesses quand on est heureux, mais si mon voisin le fait : je le ferai. Tous les visages apparus au journal télévisé me semblent êtres des copies grossières du cri de Munch. Sauf que l'effroi est pour moi :  les êtres humains semblent plus enclins à créer une puissance par le nombre pour des causes à priori périssables (objectivement, à part un contentement personnel, les victoires des bleus ne changeront rien à la face de nos petites vies. Il faudra aller travailler et payer ses impôts), alors que les causes graves restent lettres muettes, ou sujet de blabla et de renvois éternels en commission, sans plus d'action. Si la masse était descendue dans la rue avec autant d'ardeur en Mai 2005, la petite Nadjmia -championne du monde du courage- aurait peut-être réussi le match de sa vie : être la première femme que l'on aurait pas voilée.

Allez, 6 et 7 et 8 et 9, il ne reste plus que quelques jours.

 

Par Mademoiselle S
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Jeudi 13 juillet 2006

Deux mots qui riment? Pas forcément. Voilà un an que Elle est à la Réunion, et un premier constat : pas facile de trouver un mec quand on est un mec. Si la Réunion est une terre de métissage, elle ne semble pas être le creuset favoris des homosexuels, qui font l'air d'être plus à l'aise dans les grandes métropoles. Elle me racontait hier que les homosexuels qu'elle avait rencontré se sentaient forcé de rentrer dans un cadre. Soit ils faisaient la folle et amusaient la gallerie, et étaient donc reconnues de notorité publique comme homo. Un peu comme notre star local dont FreeDom a forgé les heures de gloires ; Leïla, soit ils se la jouaient " moi, homo?". Et il semblerait que la majorité des homos soient dans ce cas : la preuve peut-être, les boîtes, bars, ou lieux de rendez-vous dédiés à la population gay se font rares et discrets dans l'île. C'est au détour de tribulation automobile que nous sommes tombées , Elle et moi, sur le Gay ; petite enseigne pour petite porte. L'homosexualité n'a donc pas droit de cité sur les trottoirs de l'île, alors que les collégiens hétéros se bisoutent à chaque coin de rue sans s'attirer d'opprobe. De deux choses l'une donc : soit elle ne s'affirme pas assez, soit elle s'affirme en secret. Dans les deux cas on se heurte à des problèmes de visibilité et donc de rencontres possibles. Après le tube  où sont les hommes?, Elle aimerait bien lancer un  où sont les Gays. Le revers de la médaille serait malheureusement une espèce de communautarisme affiché : Je suis Gay, vous m'avez bien vu?". Bien que de tradition matriarcale, je pense qu'il s'agit moins d'une question de tabou que d'une question d'étiquette. Il y a une sorte de fierté créole qui voudrait qu'on ne déshonore pas sa famille, qu'on préserve les apparences...Où est donc la communauté homosexuelle, d'habitude réputée pour ses couleurs, son verbe haut et son rire universel? Peut-être à Saint-Pierre, peut-être à Saint-Gilles. Mais de mémoire, je n'ai jamais vu deux homosexuels se tenir par la main à la Réunion : pourtant, quand on est amoureux, le soleil est doux pour tout le monde!

Par Mademoiselle S
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Lundi 17 juillet 2006

J'ai toujours trouvé drôles les mots ici employés pour dénoter l'amour et les amoureux. Ma mère me racontait hier les turpitudes amoureuses de sa collègue de travail.

La fille, c'est une minette, ça c'est sûr. Partant de ce constant, elle s'est donc trouvé un matou. Un copain quoi. Tout avait donc bien commencé pour la fille et son matou : ils passaient des heures à faire mimi, mimi avant d'entrer dans leur voiture, mimi avant d'aller bosser. Des bisous quoi. D'ailleurs il me semble que ce terme a été étendu aux voitures qui se garent pare-chocs contre pare-chocs ( oui même les voitures se font des bisous chez nous). Mais les soucis n'étaient pas loin  : le matou était un chat marron ( prononcer chatte marron). Marron comme quelqu'un qui n'a d'autre maître que sa liberté. Et le pire, c'est qu'il était aussi amoureux comme un chat' marron. Il trompait oui, mais il les aimait toutes!  Forcément donc, à force de porter les cornes, la fille a fini par passablement s'énerver : elle était en chaleur. Si si, c'est serieux, on dit comme ça, on prononce même chalère pour un parler plus populaire.

Promis, s'ils se remettent en ensemble je vous apprendrai le reste du champ grammatical.

Par Mademoiselle S
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Mardi 18 juillet 2006

Un mot un peu compliqué pour une réalite qui ne s'encombre pas de complications, justement. Il faut que je vous parle de la situation religieuse de la Réunion et de l'espèce de bric à brac des croyances qui fait le pacifisme de l'île. Petit flash-back historique : après l'esclavage, la Réunion se compose d'anciens esclaves (africains) et d'engagés ( successivement indiens, chinois, malgaches...). Tout ce beau monde a sa religion propre : leur culte a été encouragé par le pouvoir en place pour les pousser à rester sur l'île, tout comme les mariages inter-raciaux. Et pendant ce temps là, la France, fille aînée de l'église, ne désespère pas de sauver leur âme : il faut christianiser. Pour mémoire, on retiendra que presque toutes les communes de l'île s'appellent Saint-Quelque chose. Les nouveaux arrivants ont-ils d'emblée pratiqué les deux religions? Se sont-ils rendus à la messe pour "faire bien" sans accorder plus d'intêret à ce culte? Je ne sais. Ma grand-mère dit toujours que lorsqu'on est métisse, on croit métisse. De fait, je me suis toujours heurtée à l'incompréhension (toute naturelle?) des européens sur mes pratiques religieuses, qui sont aussi les pratiques de milliers d'autres. Ah, on trouve ça mignon une île où tout le monde s'entend et tout le monde s'aime, mais quand il faut passer aux travaux pratiques, soit on vous regarde comme de doux crétins ( ils sont gentils hin , on leur demande de croire et ils croient), soit comme les derniers des infidèles ( tu es chrétien, c'est bien. Quoi? tu es indou en même temps, c'est mal!).

Si nous devions êtres doux crétins, se serait uniquement dans la mesure où, en effet, il n'y a pas matière à réfléchir sur des domaines ou personne ne pourra jamais trancher. C'est vrai quoi? Qui pourra jamais m'assurer que le Dieu des catholiques est le seul à exister? Ou à ne pas exister? En même temps, je vois très mal la panoplie divine indoue cohabiter avec le Seul et l'Unique, à la même table qu'Allah, se partageants les fidèles au pourcentage près, comme les dirigeants de la communauté européene lorsqu'ils s'attribuent des quotas de pêches. Le réunionnais donc, fait hardiment fi de tout celà, et pratique plusieurs religions,  à des dégrés differents, souvent parce qu'ils les a héritées des ses parents. Un parent catholique et un parent hindouiste, c'est souvent égal à un baptême de chaque côté et des parcours partagés. Je connais même des familles indou-musulmanes.  Et si je ne dis pas trop de bêtise, une bonne partie de la communauté chinoise est aussi catholique.

Là où les choses sont un peu moins idéales, parce que faut pas déconner hin, le paradis sur terre, c'est pas non plus prouvé, c'est lorsque les différentes croyances laissent place à un arbitraire de l'interprétation. Les croyances -ou plutôt les superstitions- attachées à une religion transitent joyeusement vers une autre et on perd tout bon sens. On jette du sel pour chasser les mauvaises âmes,ce qui est une pratique chrétienne, aux croisées des chemins de temples tamouls. Et on évite d'aller à la messe quand on a ses règles : ce qui découle de la pratique hindouiste. Il faut bien avouer, c'est du grand n'importe quoi.

Autre souci aussi, c'est que nous ne sommes pas des anges. Pas tous. Autant certains pratiquent deux ou trois religions, autant d'autres, créoles réunionnais même, pincent la lèvre et dédaignent ce qui se passe sous leur propre fênetre. Et d'un certain racisme religieux on passe facilement a un racisme communautaire. Les catholiques purs et durs ( souvent les blancs de l'île, héritage colonial voudrait?) rejettent non seulement les pratiques barbares et idôlatres des tamouls et donc, les tamouls eux même. Une union intercommunautaire ne serait par exemple pas la bienvenue, j'en passe et des meilleures.

Quoiqu'il en soit je n'ai pas l'impression que la Réunion soit assise sur une poudrière. Les uns iront au temple, les autres à l'église, et peut-être tout à la fois, et ce sera toujours ainsi sous le soleil des tropiques.

Par Mademoiselle S
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