Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

 

W3C

  • Flux RSS des articles

 Carnet des Garçons

Vendredi 30 juin 2006

Ô malheur! Ô desespoir! Que de garçons pour un lit vide. C'est fou à quel point on s'entend mieux avec les garçons qu'avec les filles : de fait on les collectionne, Petite et moi ( Quoi? vous ne savez pas qui est Petite?). Des grands, des beaux, des doux, des gentils. Voici - pour que vous puissiez débrouiller mes notes- mon petit bestiaire adoré, mon carnet des garçons.

Celui qui a le plus fait parler de lui cette année : Demi-dieu.

Demi-dieu est grand. Demi-dieu est fort. Il a le verbe haut, un appartement lumineux, une coupe de cheveux parfaite. Sa salle de bain est innondée - comme sa personne d'ailleurs- d'Axe. Le problème, c'est qu'il a plus de  fringue que moi. Est mieux coiffé que moi. Passe plus de temps que moi à dire " Je". Le problème de Demi-Dieu, c'est qu'il le sait. Selon la logique, Demi-Dieu a voulu draguer ma soeur, Demie-déesse de son état. Catastrophe, passage sur l'oreiller, égo malmené, efforts croisés pour chute douloureuse. N'empêche j'ai un secret de chipie pour vous : les Demi-Dieux, ça ronfle toute la nuit et au matin, avant de prendre le bus ça confesse " houlàlà, je suis fatigué, on a pas dormi de la nuit". Ayant un cycle hormonal très bien reglé, je prévois le retour de Demi-Dieu dans nos vies pour le 13 Octobre environ.

Le Garçon-UMP. Elu à l'unanimité meilleur Garçon de l'année. Il est beau, il est grand. Il est toujours bien habillé. Il est poli au dernier . Il est un noble sans particule, à droite toute. Il récuperera un château le jour de son mariage et vient d'être nommé attaché parlementaire. Et le mieux, le bonus cadeau : il est humain. A vous faire pleurer durant une soirée UMP ( pleurer de joie s'entend (ça s'est vraiment un exploit)) il est humain. Bon ok, on peut difficilement le sortir partout : Barbès, Tati and co, il connaît pas trop. Mais on pourrait lui faire tester. Aristocrate deshinibé, le gendre parfait pour ma mère. Point fort : on peut aller à la messe avec lui le Dimanche matin, et ensuite aller prendre un brunch, sans avoir à s'excuser de notre pratique religieuse comme d'un truc arriéré.

Le Chat-botté . Il n'est pas très très grand mais il est pas mal fort. Surtout pour ré-agencer comme des pièces de puzzle mon coeur ou mon corps désarticulé. Il a toujours été là. Sera toujours dans mon coeur. Oui je sais c'est fleur-bleu mais c'est ça l'est nettement moins sur le terrain. Des claques bien placées, des fessées bien méritées. Des coups de gueules bien senti, pas de sentimentalisme pour le chat-botté. Et pour une fille - forcement sentimentale- le bas blesse un peu. Mais je l'aime comme il est, mais j'lui dis pas trop . C'est jamais facile de dire  je t'aime à un mur.

Le Garçon-Indien. C'est l'épaule solide du moment. Une valeur sûre. Sous des pulls aux couleurs criardes mal choisies, le Garçon Indien, c'est le calme et la force de l'océan quand le vent ne souffle pas. Doux et reservé, c'est le genre de mec qui vous rattrape quand vous ratez une marche, qui vous porte dans ses bras quand vous tombez dans les pommes, qui arrive en courant à trois heures du mat' parce que vous avez perdu votre clef. C'est surtout le respect incarné.

Le Garçon-multicolore. Il est d'Afrique, là où la guerre ravage.  Ses parents l'ont fuie quand il était gosse.J'aime ses belles boucles noires et sa capacité à s'enfuir de l'Europe malgré tout. Lundi il vient dîner avec un complet veston. Et vendredi vous dansez le coupé-décalé dans la boîte africaine du coin.

Le Garçon-Réunionnais. A éviter quand vous déprimez. Il se sent tributaire de toute une faillite sociale de la population noire en France, et s'entend être le contre-exemple. Ses épaules ploient sous le poid qu'il s'impose seul d'une réussite forcée, acharnée. Il a les ambitions d'un Lion - Ena, docteur en droit - et les méthodes d'un caïman prêt à tout pour réussir - accessoirement marcher sur les autres. Mais il nous fait pitié comme un chien mouillé. Il y a de la douleur en lui. Ah oui, pour mieux singer le modèle européen, il constitue le fan club du Garçon-Ump et s'obstine à nous vouvoyer, en nous appelant par nos titres civiles : Mlle machin-truc.  Attention sms de trois pages.

Le Garçon. Cas étrange, affaire pas encore démêlée. Figurez-vous que je me suis acoquinée pendant quatre ans avec un garçon un peu bohème, un peu hors du temps . Fan de ciné, simple, pas chiant, bercé par bulle de l'enfance ; tout mon contraire quoi. Intéressante recontre avec l'Autre. Et le jour de mon départ, un silence radio que je ne saurai interpréter. Comme je déteste l'impolitesse, c'est pour moi la rupture difficile mais fatidique. Je n'ai même plus la force de crier, de l'engueuler.

Le Garçon-photo. Il est là .C'est à lui que vous devez les photos présentes sur ce site. Histoire difficile pour incompréhension mutuelle, et violentes déchirures. J'ai pas été maline, mais pas du tout sur ce coup là. Il vole maintenant, rafistolé sans doute, avec un autre bonheur et sous d'autres cieux. Nous nous sommes vus un an, ou presque. Il restera toujours de nous l'existence d'un petit chat, un truc que j'aime fort.

Le Garçon-Voyageur. Il est Juif, californien, a le ventre de Bouddha et des boucles de bébés. Tuteur de son grand-père sénile, il vit dans un appartement confortable en face du sénat, très Louis XVII. Et pourtant, il a dormi sous tous les ponts, dans tous les bouges. Avec son sac à dos et son dictionnaire il a tout goûté. Curieux du monde et des Autres, c'est avec son coeur que nous avons fait les plus beaux voyages.

Le Garçon- Grincheux. Il est grincheux, rien à dire. Mais son aggressivité de façade ne cache qu'une solitude qu'il peine à vaincre. C'est le coup de coeur de Petite.

Et on termine par mon preféré : le Garçon-fille. On l'appelera Elle. Ca lui ferait plaisir. Il paraît que s'il avait pu choisir son sexe et son corps, il aurait voulu avoir mon corps. C'est presque le plus beau compliment qu'on m'ait fait. Je vis maintenant à quelque pas de chez lui et nous pourrons recommencer à regarder les vagues en guise de goûter, comme quand nous étions ados, parce que l'odeur de l'écume vous passe toute envie de sentir, de réflechir.

Eh bien voilà. Je n'ai qu'un seul désir ; que la liste des Garçons se resserre fraternellement autour de nous et surtout qu'elle s'enrichisse.

Par Mademoiselle S
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Samedi 1 juillet 2006

Comme je suis une fille pas finie, ce blog est à mon image : un tout petit peu pas fini : liens de tailles différentes et j'en passe et des meilleures. Une petite note donc pour m'excuser par mon caractère pas fini de la boulette toute finie que j'ai fait. A mes abonnés de la Newsletter, j'ai envoyé par erreur de manip un article pas du tout du tout fini. Bizarre, je me sens aussi gênée que si vous aviez vu mes sous-vêtements ( aux très belles finitions je vous rassure). Aussi, la newsletter du blog sera rédigée et envoyée tous les vendredis, et sera retrospective ( forcement , les filles pas finies avec une vie pas finie du tout ne savent pas de quoi sera fait leur blog la semaine d'après).

Voilà, la note à but informatif de la semaine est finie.

Par Mademoiselle S
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 23 janvier 2007

... je rencontrais un mec? Tu pensais échapper à l'horoscope annuel cher lecteur? Hin hin.

Bon, lecteur, en couple ou pas, tu n'es pas sans savoir que bientôt, c'est la saint-valentin, la fête des amoureux. Evidemment, je hais les amoureux, au même titre que les mioches qui pleurent. Evidemment donc, les compulsions par l'achat ne suffiront pas, surtout quand on pense que l'on m'a retiré les compulsions alimentaires. Que faire donc pour me venger? Alors, j'ai prévu la parade classique : le rendez-vous chez l'ostéopathe. Pour ceux qui débarquent, je rappelle ici qu'il y a une règle immuable mais que j'expérimenterai volontiers toute ma vie - oui, mon corps pour la science- qui veut que les ostéo soient tous des bombes sensuelles en puissance qui font à merveille semblant d'oublier que je les paye lorsqu'il me remette en ordre, vertèbre par vertère, os par os, alors que je sens encore sur mes pieds la douce pression de leurs mains pendant qu'ils sont déjà aux hanches... mais je m'égare, désolée.

Oui donc, il va me falloir la force de l'imagination, au moins. Du coup, j'ai décidé de remplir le carnet des garçons, au gré de mes envies, dans des mises en scènes à double visée : expérimentales et cathartique. Derrière les mots savants, il faudra juste retenir que ça me soulagera un peu - et le soulagement c'est l'espoir, c'est bien connu chez les ostéo-, et ça me permettra peut-être de mieux cibler mes conquêtes en 2007. Du coup, je m'amuserai à vous conter des extraits de ma vie rêvée avec un homme, au hasard, dans une projection futuriste. Comme ça quand j'irai me coucher j'en aurai encore plein les doigts, de l'imaginaire, parce que dans le froid glacé de ma chambre, c'est tout ce qui me reste... pardon je m'égare.

Ce soir donc, on commence par le docteur. Pourquoi pas, puisque je pense que tu vas beaucoup entendre parler de lui, lecteur. CQFD. Je suis si désespérée que je tomberai amoureuse d'une pomme, alors forcémment, quand j'ai à côté de chez moi un homme équipé d'un lecteur de carte vitale, qui me caresse les sourcils et remarque mes chaussures, je craque. Et si en 2007,je sortais avec un médecin?

Mai 2010.

Ca fait trois ans qu'on est ensemble, lui et moi. Il est médecin depuis quatre ans en fait. Du coup, c'est sûr, il était légèrement plus âgé que moi, mais qu'importe, j'ai toujours été mûre pour mon âge. Tout a été très vite, puisqu'il a une présence : il a tout fait et je me suis laissée faire. Je viens de m'acheter une voiture. Ou plutôt, il vient de m'en acheter une. Forcémment, les médecins ont une certaine réputation dans l'île; ils vivent dans les quartiers résidentiels et voyagent deux fois par an. D'ailleurs en Décembre on va voir ses parents à Aix. Moi je termine ma première année de titularisation. On roule sur l'or. Enfin presque. D'ailleurs j'avoue, depuis que je suis avec lui, je laisse libre court à mes pulsions de luxe. Non que j'aime faire la poule durant ses dîners, mais plutôt que lui aime ça, donc il me sponsorise. Evidemment je n'habite plus dans le quartier étudiant. Non, on habite à Bellepierre maintenant, près de l'hôpital. Un appart', mais grand, avec un vrai dressing, mais pas de chat. Il n'en veut pas. Les voyages vous comprennez. En fait, il est un peu papa avec moi. Je demande et j'obtiens. C'est facile pour lui, il gère tout et domine tout, puisqu'il connaît le fonctionnement neurologique de mon cerveau. C'est son apparence au fait. Nounours serieux. Doux mais ferme, décideur mais à l'écoute. Un jour, pendant qu'il examinait la capacité de rétraction de ma pupille, je l'ai embrassé. Excusable, je venais de prendre mon Rivotril.Par contre j'ai dû abandonner quelques manies. Je ne marche plus pieds nus le soir en rentrant du resto, dans le parking de l'immeuble. Ca fait pas class'. Surtout quand on sait de quelle bonne famille il vient,'tention. Et je fais des brushings dans mes cheveux. J'ai aussi perdu illico toutes graisses sous-cutannée.Pauvres petites concessions face à la sécurité qu'il m'offre, non? Grâce à lui j'ai une super mutuelle, un bel avenir et j'aurai de beaux enfants et quasimment plus jamais de crise d'hypocondrie. Par contre, son côté bestial à lui revient souvent quand il est avec ses copains de promo. C'est un séducteur né, et s'il connaît mon cerveau, il fait l'air de connaître le corps. Alors je dors dans de la soie, mais mes pensées sont épineuses quant aux petites minettes de 22 ans qui abusent de leur carte vitale pour qu'il leur caresse les sourcils. Je sais très bien me mentir. Je sais qu'il aimera les enfants que je lui donnerai plus que moi. Et plus que moi je n'ai envie d'en avoir. Je sais que je suis dépendante de ses yeux clairs et de ses mains douces, et de son autorité rassurante. On connaît la chanson hin, il me dit que je suis belle, et pauvre de moi j'y crois. Qu'importe, il me fait toujours des ordonnances pour du Xanax, pour que j'y adhère mieux.C'est pas grave, bientôt j'aurai la bague au doigt, deux enfants, un garçon - une fille, et un contrat de communauté de bien. Je serai protégée. Demain je me réveillerai dans des draps de coton. Avec un médecin je serai bien trop jolie prisonnière, dénaturée par mon propre vice du luxe et de l'apparence. Et c'est pas ma faute, si j'ai pas eu de père, mais ce sera pas sa responsabilité, si je me suicide à 40 quand il me quittera. Il dira, vous comprenez, elle était instable, je devais toujours lui donner des anxyolitiques.Demain je fuis les hommes en blouse blanche pour un tout autre genre, les hommes à lunettes...

 

 

Par Mademoiselle S
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mercredi 24 janvier 2007

Décembre 2008

J'ai passé la nuit à me tourner et à me retourner sans fin dans le lit aux draps de coton. Et le sommeil ne venait pas. Sort tragique, c'est quand j'ai éteint la première sonnerie du réveil, et que je me suis retournée pour quelques minutes de répit que j'ai trouvé la position parfaite, reposante, et que j'ai enfin goûté au sommeil. Mais qu'importe, il a fallu se lever, se diriger vers la salle de bain, et commencer à se réveiller par ce triste constat : la tête du matin. Qu'est-ce qui m'a empêché de dormir? C'est pourtant le dernier jour de boulot avant les vacances de Nöel today. Je me brosse les dents dans un tâtonnement mental. Ah, je sais. 40 secondes de brossage. Au fond, voilà ce qui m'a empêché de dormir. Petite et moi parlions du premier baiser hier, et là, vlan, comme un mauvais souvenir, le détail refoulé m'est revenu. C'est moi qui lui ai dit : " embrasse-moi". C'était il y a un an, presque jour pour jour. Sous le gui de Nöel, un peu exaspérée, je lui avais demandé. Ca sonnait drôlement romantique dans ma tête pourtant, ce geste-là.  Je suis dérangée par bien plus en fait. Je l'ai rencontré de façon on ne peut plus classique. J'étais remplaçante, il était titulaire. Nous étions profs de lettres. Cette année là, en 2007, je redoublais mon capes pour renouer avec mes amours, et l'amour m'a sourit. Il est discret comme garçon. Un peu effacé, derrière ses petites lunettes. Alors il use d'un charme fragile, sans doute celui qui me donne - à moi rien qu'à moi- de l'autorité ou de la présence quand je suis avec lui. Il est doux, affreusement doux. Il et balance, comme moi. Littéraires et balances, forcémment on s'est entendu. 1 minute 10 de brossage. Il est beau quelque part. Beau dans son signe. Ni trop grand, ni trop petit, ni trop engagé, ni pas assez, ni trop, ni pas. C'est le règne de la raison entre nous. On ne se dispute jamais : on pèse le pour, le contre, et on tranche. Du coup il est agréable à vivre, si on passe sur sa grande délicatesse gastronomique et mes piètres prestations culinaires. Il est féministe, respecte mon corps, repose mon âme et je peux le sortir partout, en toute circonstance. Oulàlà, c'est ma mère qui était contente quand je l'ai ramené à la maison. Le gendre parfait. Le mec parfait aussi d'ailleurs. On avait le packaging physique : ni piercing, ni cheveux longs, ni vetêments troués et le package E.N : MGEN/ MAIF/BRED. Que rêver de mieux. Je suis heureuse quand même. En fait je minaude, c'est sûr. 1minute 43 de brossage. Pourquoi je minaude? Ah oui, c'est moi qui ai demandé de m'embrasser. Clairement, il est tiède ce garçon. On avait inventé un critère, Petite et moi, pour choisir un homme : il fallait qu'il soit cap' de nous mettre une fessée. Eh bien c'est sans doute la seule épreuve où il échoue. Mais il faut se méfier de l'eau qui dort. Enfin, pas ce sens là. Non, il est plutôt comme moi, dans le genre petit chat sournois. Il fait l'air gentil comme ça, mais je le soupçonne de nourrir de vrais mauvais sentiments à mon égard. Au fond, en plus d'être tiède, je suis sûre qu'il ne sait pas s'il faut me cracher du venin ou m'admirer. J'explique. 2 minutes de brossage. J'ai fait tout ce qu'il aurait rêvé de faire pour sortir de sa tiédeur. J'ai été élevée par Paris, j'ai dansé sur des bars, j'ai bu, j'ai flirté avec nombres d'ostéopathes. C'est rien, mais pour lui c'est tout. Je peux jamais en placer une sur la Sorbonne, symbole trop criant de mes années brûlantes. C'est ça, il est jaloux. Et c'est sans doute pour ça aussi qu'il m'aime. Il aime ce qu'il n'a pas osé faire. Il est si doux, si gentil, si tiède. Mais faut se l'avouer ma vieille, tu fais pas mieux. Oui moi aussi je suis jalouse. De son talent. C'est un génie de la littérature et de la linguistique, le champion toute catégorie. Jamais il a redoublé. Jamais il ne s'est planté. Et là où ça fait mal, c'est quand je dois avouer qu'il a un an de moins que moi. Il a sauté une classe. Je suis sûre que s'il était moins tiède, moins rangé, il pourrait écrire, vivre, me faire pulser. C'est ça aussi le souci, de vivre avec quelqu'un avec qui on bosse : la compétition sournoise. Il corrige mes fautes d'othographe dans mes préparations de cours et l'année prochaine, je suis sûre qu'il comparera nos notations par l'inspecteur. Sa navigation en eau calme me permet de rester qui je veux, cependant, et c'est pas plus mal. 2 minutes 20 de brossage. J'achète, je dépense, je m'habille et je me coiffe comme je veux. D'ailleurs aujourd'hui je vais me faire belle. Pour le pot de fin d'année, hin. Pas pour le prof de philo engagé communiste, ni pour le prof de sport au sourire ravageur, encore moins pour le prof de bio au regard complice. Nonnn, ma vieille, t'y pense pas. Faut pas culpabiliser, c'est juste qu'entre lui et moi, c'est l'amour de la raison, il n'y a jamais eu de passion. C'est pas plus mal non plus : la passion se consume, les choix raisonnés restent. On cotisera ensemble, on partira à la retraite ensemble et nous aurons toutes les vacances pour nous aimer ensemble. D'ailleurs demain on part ensemble pour Paris. Les Djeun's nous laissent l'appart. Il va chavirer quand il verra le mur de photo. 2 minutes 47 de brossage. Je pense au Chat. Mon ami le Chat. Il a toujours eu pour principe de destester mes copains. Il va te rouler. Il te mérite pas ou encore je l'aime pas ponctuaient invariablement ses constats, et d'une façon si rhétorique que je n'y prenais plus garde. Sauf pour celui-là où le chat avait dit " Il fait l'air honnête". Il était d'accord. C'est là que j'aurai du me méfier. 3 minutes réglementaire de brossage. Il faut que je l'appelle, le chat. A six heures 3 du matin, il n'y a qu'à lui que je puisse raconter ma terrible découverte : avec l'homme idéal, je ne serai jamais heureuse. Je pose ma brosse à dent, et décroche mon téléphone.

Par Mademoiselle S
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 25 janvier 2007

Octobre 2008

Je raccroche mon téléphone. J'ai oublié de lui demander de prendre du persil. Il fait pas beau today, mais heureusement que ma cuisine rouge  bénéficie d'une bonne exposition. Je me plains pas trop, j'aime bien le vent d'hiver. Je prépare un repas d'amoureux. Tout ce qu'il aime. J'étais au téléphone avec lui, mon chat. On a finit par franchir le pas en 2007. Tout le monde a poussé un soupir de soulagement : enfin la fin d'une histoire, sacrée histoire. Dans le genre l'homme de votre est peut-être plus proche que vous ne le pensez. C'était mon meilleur ami avant. Il avait sa femme, moi j'avais ma vie. Pour déconner on s'était fait une promesse, le vieux truc de la roue de secours.  Si à trente ans il était célibataire, et moi aussi, on se marierait. On se supporterai, on aurait un enfant et tout le monde aurait eu la paix. On a même passé de longues années à fixer les termes du contrat de notre vie commune, au gré des services demandés et des confidences sur l'oreiller. Enfin, le coussin du salon. Et puis voilà, en 2007 il a eu 27 ans, moi 23, et lui plus de femme.  Et moi j'ai récupéré un homme. C'était comme une évidence pour moi, une faim longtemps endormie, qui avait virée à la crampe, au vide dans l'estomac, le truc qui ne vous fait plus mal depuis longtemps. Et un rayon lumineux avait  traversé ma pupille. Ou plutôt la sienne : les choses se sont faites, naturellement. Je n'ai pas de problème avec moi, ni avec lui d'ailleurs. Moi je l'aime, c'est sûr. Je ne sais pas si je l'aimerai toute ma vie, mais vu la façon dont je torture ces petites crevettes pour qu'elles soient belles mêmes revenues au miel, je pense pouvoir affirmer que je l'aime. Il en va de même pour la déco, soignée, pour mon corps, presque parfait pour ses mains. Nous n'avons qu'un seul sujet de dispute, important mais pas insumontable : la religion. Il ne supporte pas mes pratiques payennes, alors qu'il jette lui même très loin ses principes chrétiens une fois le caleçon en bas du lit. Qu'importe. Je n'ai pas eu à changer mes sentiments ou à faire des gymnastiques psychologiques pour passer de l'ami à l'amour. Non c'est juste comme si j'avais ajouté à mon ami un amant. Un homme , un enfant dont il faut s'occuper de temps en temps, et un mari. Il est PE. Et il commence à aimer ça. Je trouve même qu'il s'améliore sacrément. Les enfants sont captivés par lui et il fait preuve d'une patience à toute épreuve. Du coup quand il rentre à la maison, finies les gamineries, j'ai un homme avec des préoccupations d'hommes; en clair, plus de PS2. Ca soulage. De toute façon il se bonifie avec l'âge de façon générale. J'aimais bien son côté chien fou du début de notre rencontre mais maintenant qu'il est plus posé, il dévoile une force non négligeable. Il y a juste un horizon d'attente qui a été infirmé. En devenant son officielle, je pensais récuperer par la même occasion la clef du domaine appelé " mon coeur", ou même un passe partout amante-amie-amoureuse. Mais non, il garde toujours autant ses propres préoccupations secrètes. Je ne possède pas son coeur et je ne sais pas lire dans ses yeux clairs. Même si je suis heureuse aujourd'hui, les débuts n'ont pas été facile. Enfin pour lui je suppose. Moi, à part ses cartons partout dans l'appartement, du jour au lendemain, j'ai géré. De toute façon j'étais prête pour un homme depuis déjà longtemps, dans l'attente silencieuse de sa venue. C'est plutôt pour lui. J'pense que maintenant ça va pour lui. Il a ses habitudes avec moi, ses marques avec moi. Même s'il dit rien. On se comprend. Il me dit je t'aime. Une fois par semaine, ce qui est un bon quota pour ne pas tomber dans la mièvrerie. Mais le passé et son opacité faisant, je me demande s'il m'aime vraiment. Si j'avais été une inconnue pour lui, sur le parking de mon immeuble, le seul soir où je l'ai vu pleurer, serait-il tomber amoureux de moi. Je sais qu'il n'entretiendrait jamais une femme pour la société : être étiquetté célib ou en couple n'est pas une préoccupation pour lui. Je me demande juste s'il ne le fait pas par résignation à son destin. C'est un grand chevalier dans l'âme. C'est d'ailleurs ce qui a failli sauver son précédent couple. Il donne tout, il n'a qu'une parole. Alors une blague chez lui, même petite comme un substitut, a valeur. Il fera toujours tout pour que je sois heureuse, il l'a promis. Alors pourquoi pas ça. Dans une sorte de résignation pour avoir perdue une femme, autant se rendre utile à l'humanité et s'occuper d'une névrosée? Je me fais des films, il m'aime quand même. Je le sais quand il me mord ou quand il m'etouffe dans ses bras, ou qu'il me chatouille pour me faire me sentir vivante. Je le sais quand il frotte mes pieds quand je prends mon bain et qu'il me sèche lui-même. Je le sais quand il il me raconte des histoires pour dormir, après l'amour. Il paraît que certains hommes s'expriment par là tiens. Quand ils aiment une femme, ils le lui prouvent en lui faisant l'amour. C'est peut-être ce qui a permis à nos débuts, que je sois si tranquille et sereine. Je n'avais jamais su que l'on pouvait avoir conscience d'exister durant un moment délimité, avant d'être passée par ses mains. C'était peut être ça le souci. La passion s'évacuait de lui en dehors de ces moments bénis, craquelant la fusion dans laquelle nous vivions. Tout au fond, je sais qu'il y a encore ce chien fou qui aimerait aller vivre au japon, et changer de vision des choses, et répondre à tous les non conformismes. Il est peureux, il a besoin de motivation, ou d'accompagnement. C'est juste que parfois, je fais l'air d'être justement l'inverse. J'me fais des films, c'est pas possible purée. La faute au passé ma vieille. C'est sûr que de faire sa vie avec un homme qui a signé un morceau de papier sur lequel sont consignées les instructions de votre vie de couple, se faire rabibocher tous les jours un peu plus par un homme qui a promis de toujours prendre soin de vous, avant même de vous épouser, c'est destabilisant : où est l'amitié, où est l'amour? J'ai parfois l'impression de l'emprisonner dans sa cape rouge et son cheval blanc. Alors que par amour , je l'ai toujours poussé à chercher cette passion à l'état de braise. Je l'enferme. Les oignons me piquent les yeux, il faut que j'arrête. Que je tranche cette maudite poire : c'est pas une vie que d'osciller comme une pendule. Soit je clos le chapître et je suis heureuse avec lui. Soit je le remets sur le marché. Et je verrai bien s'il me revient. Ce soir, après le dîner, je lui annoncerai ça. Que je le libère de moi durant quelques mois. Je l'aime trop pour l'assujetir à un destin qui n'est pas le sien. Du coup j'ai plus faim, mais la table est déjà dressée.

Par Mademoiselle S
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus