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Une petite place pour les mots

Vendredi 7 juillet 2006

Le vendredi, c'est littérature. Pour essayer de pas trop vous endormir dès l'ouverture de ce carnet littéraire, je vais scandaleusement dévier une notion de Glissant pour l'appliquer à une toute petite fracture du quotidien : la dichotomie entre Français et Créole. Petite fracture pour grand fossé.

Subrepticement, je vais par ailleurs tenter d'essayer de faire comme si nous avions tous lu Glissant : au demeurant vous ressortirez peut être de cette note avec quelques petites notions dont vous pourrez faire salon le soir, et reflexions la nuit.

L'opacité est un terme qui apparaît très tôt dans les écrits de Glissant. Pour ceux qui ne le connaissent pas, c'est un écrivain, philosophe et un théoricien martiniquais. De grande notoriété, il s'est beaucoup occupé de la question de l'écrit et de l'être créoles ( mais ça je vous en parlerai plus tard). Au début de L'introduction à une Poétique du Divers, Glissant écrit "Je réclame pour tous le droit à l'opacité...". Elle est pour lui ce qui permet aux peuples colonisés de revendiquer leur identité propre et d'opposer "à l'universel de la transparence, imposé par l'Occident, la multiplicité sourde du Divers"(Discours Antillais).

Je ne vous exposerai pas ( je vous épargne pour cette nuit) les circonvolutions philosophiques de la traduction en français courant de cette longue phrase et je vous emmène tout de suite sur les chemins d'une honteuse déviation, l'application à notre monde, de la notion d'opacité. Après tout, toute création philosophique jaillit de la perversion de pensées pré-existentes.

Nous définirons donc comme opaque tout ce qui a le caractère de ne pas être appréhendé, compris, facilement. Et pour faire manichéen, on se penchera sur deux problèmes qui découlent de notre fameuse opacité créole.

D'abord l'opacité et le langage.

A la Réunion on parle créole. Et en métropole on parle français. C'est comme ça? Non. Les choses sont évidemment beaucoup plus compliquées et il me semble que la notion d'opacité perd ici de sa... clarté. On pourrait plutôt postuler que la dichotomie se situe sur un mode émotionnel, non géographique. Le créole ou le français s'emploient partout, à toutes les heures et dans toutes les situations : souvent, que l'énoncé soit fait en créole ou en français, le contenu informatif du message est correctement reçu, pour peu que notre interlocuteur partage aussi ces deux langues. L'opacité se situe donc ici entre les métropolitains et les créoles, et se pose comme une sorte de supériorité tactique en notre faveur : zot i comprend pas not' langue. Cette opacité là a bien sûr à voir avec la ré-individualisation de toute une population : nous ne voulons pas parler comme ceux qui nous ont colonisé : nous nous affirmons donc par notre créole. Mais, avant d'être colonisé, aucun d'entre nous n'était créole. Nous étions africain, indien, chinois ou malgache. Notre identité est donc toute neuve, et si nous sommes créoles, il est difficile de vouloir se réclamer d'une patrie unique ancestrale. Ou alors il ne faudrait parler qu'Indi, que dialectes africains, ou que malgache. Nous pourrions ici introduire la notion de Diversalité que propose l'école de la Créolité, dont Glissant est l'un des précurseurs. La diversalité, pour Raphaël Confiant, c'est une "notion qui tout en maintenant l’idée d’un destin commun à l’espèce humaine, exige le respect et surtout la sauvegarde des identités particulières, non pas dans l’enfermement ou le nombrilisme, mais dans l’interaction librement consentie, dans la créolisation acceptée, voulue, recherchée même, et non plus subie." En clair , quitte à être là, restons chacun malbar ou cafre, mais ayons conscience de notre destinée commune, et adhérons à la créolisation comme pierre angulaire de notre fédération comme peuple. Donc, puisque nous nous comprenons entre créoles, bien que d'origines différentes, faut-il annuler la notion d'opacité? Il faudrait peut-être la déplacer. Je disais plus haut que la dichotomie entre français et créole se situait sur un plan émotionnel. La grammaire de la langue française est bâtie sur une certaine logique, implicite ou explicite, mais toujours présente. La possibilité d'exprimer certaines émotions reste - et ce n'est que mon impression- cantonnée à de nécessaires subordination à des explications, des rationalisations. Un exemple? On dit souvent " j'ai le coeur lourd" en français. On associe ici le registre affectif ( mon coeur) a celui... des mathématiques : le lourd, le léger, la pesée. En créole, on dira plus volontiers " mon coeur l'a chappé". Mon coeur est tombé. Il tombe. Aucune visualisation ou rationalisation possible : mon coeur tombe. On ne peut ni le chronométrer, ni le palper, ni le peser ; il tombe. De fait, la langue créole se situe bien dans un registre beaucoup plus émotionnel. Pour preuve, nous n'avons ( ou n'avions?) pas de mots techniques : un pont, un docteur, sont des mots qui nous sont venus avec la France elle-même. Et il me semble que l'opacité se déplace ici : sur la frontière entre la raison et la sensation. Les sentiments et les ressentis créoles sont opaques à toutes tentatives d'explications logiques.

Et là je vais vous faire un petit rond de jambe ( ça faisait longtemps hin?), pour atterir sur le deuxième problème: celui de l'opacité en littérature. Si on ne peut expliquer, peut-on alors traduire? On arrive ici à des problèmes d'ordres beaucoup plus littéraires, et à des impasses de taille. Premièrement, on reprend la dichotomie entre public créolophone et public exclusivement francophone. Si nous ne pouvons pas expliquer par le français les faits créoles, il nous faudrait donc écrire exclusivement en français : catastrophe! Nous serions à peu près clair pour les francophones mais le texte perdrait presque toute valeur- ou toute saveur- pour les créolophones. Pour l'occasion, l'opacité, elle serait pour les réunionnais. Reste donc deux options : la traduction (opacité moyenne) ou l'écriture exclusivement en créole (opacité totale). Toutes deux posent la question du Créole comme une langue, une vraie; celle qu'on ne peut comprendre si on ne l'a pas apprise. Première impasse : on apprend pas le créole. Les métropolitains qui viennent ici n'ont pas du trouver chez Gibert une grammaire du créole. Ou s'ils ont réussi à en dégoter une, je pense qu'une fois sur le terrain, ils n'ont pu que constater la maigreur de sa valeur. Le créole est en effet une langue du contexte, très mobile. Deuxième souci : une langue, ça s'écrit. Surtout si on veut se fédérer autour d'une littérature. Or, à ce jour, aucune littérature n'existe qui soit entièrement créolophone. Un rayon de bibliothèque remplis de romans de 200 pages entièrement en créole? Je pense qu'il serait difficile à lire, surtout pour les créoles eux-mêmes, et qu'il serait difficile à écrire. Reste donc l'option de la traduction, maigre consolation pour faire frémir les européens de la caresse du créole, surtout si l'on considère que traduire, c'est trahir, surtout dans ce cas.

En résumé, et pour en revenir à notre petite vie à tous, nous avons, nous créoles, à jongler entre deux opacités, perpetuelles. Soit nous faisons le choix de parler en créole et l'information se perd pour les oreilles non créolophones. Nous sommes opaques envers eux. Soit nous décidons de parler Français et nous sommes opaques à nous mêmes, à nos sentiments, à la vibrations et aux accents particuliers de nos ressentis créoles. Le fait est que nous gérons depuis si longtemps cette petite fracture pour grand fossé que nous n'y prêtons plus attention. Regardez-moi, ou regardez-vous : en ouvrant ce blog je me pose sans arrêt la question du vocabulaire. Je ne peux pas employer de vocable créole complètement incompréhensible par un français : que comprendraient alors la majorité de mes lecteurs?Rien. Et en même temps, quand ma grand mère dit tifille à l'endroit de ma personne de dix centimètre plus grande qu'elle, c'est n'est pas autrement traductible. Quand j'ai commencé à lire des romans de littérature francophone, j'ai levé le nez, un peu hautaine, envers ce qui me semblait être une créolité tiède, modérée : l'insertion de petits mots créoles, fanés par-ci par-là et souvent traduits la ligne en dessous. Aujourd'hui je remballe mes griefs car je me vois acculée à utiliser le même remède -faner quelques mots par ci par là- pour essayer de survivre à ce problème décidement omniprésent d'opacité. Si vous avez d'autres solutions pour concilier nos deux langues, appelez-moi!

Voilà, j'ai fini de vous assomer pour ce soir :) Allez, je vous lâche un peu avec les théories littéraires créoles, et pour me racheter, la semaine prochaine je vous parle d'un mec mort d'un cancer de l'anus. Je suis serieuse.


Par Mademoiselle S
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Vendredi 14 juillet 2006

Quand je me suis mise à écrire cette note sur l'écrivain mort d'un cancer de l'anus, je me suis grattée la tête en me demandant pourquoi j'étais tombée amoureuse de lui au lycée ( il faut toujours tomber amoureuse des auteurs). J'ai donc ré-ouvert les cahiers poussiereux, et j'ai lu. Je l'ai connu par cet extrait de son Pèse-Nerf.

Artaud, c'est l'écriture de la douleur et de la torture réflexivisées.

Tout commence à Marseille pour Antonin. Il y voit le jour dans une famille assez aisée, et la douleur le rattrape assez vite : touché par la mort de sa soeur, puis par une expérience de la noyade, ce seront d'intenses douleurs névralgiques - tristes suites d'une méningite- qui vont forger en quelques sortes, son être et son théâtre. Pour être mieux soigné, il monte à Paris, où il commence à flirter avec l'école Surréaliste de Breton  : il fera quelques rencontres intéressantes, comme par exemple celle d' Anaïs Nin ( oui oui, celle de la chanson de la femme de Renaud). Pendant qu'il souffre le martyre, et manque de se marier, il commence sa vie d'homme de théâtre, en co-fondant le théâtre Alfred Jarry, en 27. Et aussi en produisant une oeuvre théorique, dont nous retiendrons Le Théâtre et son double. Sa théorie principale, qui a connue très peu d'applications, s'appelle le Théâtre de la cruauté. Il s'agit de provoquer une crise violente par laquelle l'homme pourrait se libérer de ses tourments. Il faut donc une rupture, une destruction même de tout le théâtre de la représentation, de la parole, du théâtre qui assujettit le corps au texte de l'auteur. Il ne voulait pas que l'acteur improvise comme on lui a souvent fait dire.

Artaud était pour une prescription très calculée de tous les gestes sur la scène. Mais cette prescription ne signifiait pas que l'acteur obéissait à un texte parlé préalable. La cruauté, c'est justement ce sentiment de pesanteur que la vie imprime aux êtres. Il explicitera ainsi "Dans l’état de dégénérescence où nous sommes, c’est par la peau qu’on fera entrer la métaphysique dans les esprits. Derrière "cruauté" il faut entendre "souffrance d'exister". L'acteur doit brûler les planches comme un supplicié sur son bûcher." Le théâtre se veut un acte dangereux dont ni les comédiens, ni les spectateurs ne doivent sortir indemnes. Il y aurait donc une dimension mystique du théâtre, et c'est sans doute vers celle-ci que l'emportent peu à peu la folie et la drogue. Artaud a commencé à toucher à l'opium pour soulager ses insondables douleurs, et elle est devenue, de plus en plus, son joug. En 31, c'est la rencontre avec le théâtre balinais dans lequel il voit un grand agent magique ,un retour à la source . C'est peut-être justement cette magie qu'Artaud va chercher, d'abord au Mexique en 37, où il se rend à cheval chez les Tarahumaras. Puis il passera par l'Irlande où il voudra à toute force rendre une canne de Saint-Patrick, qu'il pense magique et protectrice, aux irlandais. Il y connaîtra des épisodes de démences, de schizophrénie et oubliera son identité avant d'être renvoyé en France, où il sera interné. Le traitement du corps dans la douleur atteint sans doute son paroxysme puisqu'il subira à l'asile 50 séances d'éléctrochocs. Le psychiatre Lacan sera en partie responsable de cet anéantissement médical. D'ailleurs , Lacan et les autres psychiatres d'Artaud entretiendront avec lui un étrange comportement schizophrénique eux-aussi, comme s'ils avaient été destabilisés et trop fascinés par ce personnage.

Preuve de sa démence, il rédigera cette lettre - que je trouve touchante (!)- dans un hôpital psychiatrique :

Mon cher ami,

Excusez-moi de vous importuner avec mes innombrables lettres mais, je vous le répète, j'ai à me plaindre d'une chose grave contre la société et le monde actuel[...] Car la soi-disant folie de Gérard de Nerval fut le résultat d'une masse concertée d'envoûtements venus de tous les jaloux de ses sublimes poèmes des Chimères qui sont au sommet de tout ce que l'homme ait jamais écrit et pensé[...]bien que la liberté m'ait été rendue ici je ne peux parvenir à sortir parce qu'on empêche par envoûtements les personnes qui doivent venir m'apporter de quoi vivre dehors de venir me rejoindre ici.

Vous connaissez Anie Besnard et une histoire bizarre la concerne, c'est qu'elle a pris le train le 14 octobre 1944, à la Gare d'Orléans je crois, pour venir me retrouver ici, n'est jamais parvenue, s'est dissoute peut-être dans les étoiles souterraines, par assassinat entre Paris et Rodez, a été remplacée par un sosie où paraît-il, son peresprit est revenu et non elle, mais son peresprit étant là elle se croit Anie Besnard et habite en effet 45 quai Bourbon.

Vous avez vu bien des cataclysmes célestes et spatiaux entre Paris et Rodez et m'avez vu bien souvent me battre ici comme sur la montagne des Tarahumaras avec le monde dit occulte et qui n'est que l'émission poudroyante infectieuse de la crapule abdominale de tous les gens. J'ai une autre amie qui voulait venir me voir, Catherine Chilé, qui fut infirmière à l'hôpital Saint-Jacques sous le nom de Mlle Seguin, qui a quitté Paris en mai 1945 dernier et qui est morte d'épuisement dans un champ dans sa lutte avec les envoûtements qui voulaient l'empêcher de parvenir ici. Et je ne sais pas ce qu'on a fait de son cadavre. - Raymond Queneau a voulu me voir à la Noël 1943, avec des aliments, sucre, riz, beurre, confitures, pain, on l'a fait tomber malade, pour le forcer à m'oublier, et je n'ai plus de ses nouvelles. Est-il lui aussi devenu par magie un autre qui ne m'aime plus et me renie quand c'était un de mes meilleurs amis ? Et depuis hier soir dimanche 2 décembre à 10 heures n'est-il pas de nouveau éclairé ? - Voudriez-vous, s'il vous plaît, éclaircir tout cela.

Merci et de tout coeur.

 

 

 

 Quelques mois plus tard, il sera liberé de son triste asile pour mourir seul, de son cancer, à Herni Parisot.

Il faut cependant se garder de le dépeindre par la tristesse et la solitude, et nous terminerons plutôt  par  cette citation, évidemment de lui  :" Les gens qui sortent du vague pour essayer de préciser quoi que ce soit de ce qui se passe dans leur pensée, sont des cochons.Toute la gent littéraire est cochonne, et spécialement celle de ce temps-ci."

Artaud a touché à une réalité trop douloureuse pour être appréhendée sans humour ou sans folie, et a ouvert les yeux sur un monde trop travesti pour être regardé sans colère et sans verbe haut. Je ne puis que vous recommander la lecture du Pèse-nerf, ou encore du Moine.

Allez, on retiendra, plutôt que son triste cancer, trois mots de lui, et qui le définissent:" foudre, foutre, poudre!"

La semaine prochaine je vous parlerai de mon romantique amoureux du Père-Lachaise.

Par Mademoiselle S
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Vendredi 21 juillet 2006

Mon amoureux repose sous la fraicheur des arbres verts du Cimetierre du Père Lachaise. Sa petite tombe est posée de biais, presque gênante pour les passants. Les hautes barrières qui l'entourent forment une sorte de berceau sacré, auquel s'accrochent quelques noeuds. Moi quand je vais voir mon amoureux, je vole toujours un petit végétal . Un petit pin, une petite branche d'herbe, quelque chose de ténu et de discret. Et puis, penchée sur le lit de mon amoureux, je lui délivre mes pensées.

Si j'avais voulu un homme, ça aurait été lui. Parce qu'il a su avoir plusieurs vies. Toutes dans l'à peu près et l'insconstance, mais plusieurs tout de même, et qu'il a su, avec lucidité, rendre excusable ses folies, petites et grandes.

Sa vie politique d'abord : Benjamin avait la folie du pouvoir. Il s'est donc frotté à tout les gouvernements. On l'a vu à toutes les portes, mais il a réussit à donner le change d'un homme qui est toujours resté fidèle à ses pensées politiques. Thermidorien, homme du Directoire, homme du Consulat, homme des Cent-Jours. De haute naissance, Benjamin était enclin aux idées libérales. Mais il pose avant tout la liberté individuelle : rien, ni la démocratie, ni le despostisme, ni l'aristocratie ne doivent empiéter sur la volonté personnelle. Il apportera son soutien à Napoléon durant les Cent jours et rédigera l'acte additionnel aux Constitutions de l'Empire. L'abdication de Napoléon le conduira en exil, à Bruxuelles, puis en Angleterre. En 1819 il sera rappelé comme député à la Chmabre des Communes. Mais laissons-là sa vie politique, qui ne me semble pourtant pas la moindre, et avançons nous vers l'homme.

L'homme a eu une vie amoureuse tumultueuse, et c'est peu dire. Sa liaison la plus connue est celle qu'il a entretenue avec Mme de Staël. Amour, Gloire et Beauté du siècle passé, il nous faut rappeler que la dame est la fille du ministre Necker. Intellectuelle, elle sera l'instigatrice du salon littéraire du cercle de coppé. Ils se rencontrent pour la première fois chez la cousine de Germaine, et il lui fera une cour assidue, que seul un agité romantique peu mener, et longtemps sans succès. Tant et si bien qu'il eut le temps de se marier avec  Charlotte de Hardenberg, en secret, évidemment, en 1808. Mais celà ne se fait pas sans un détour, par Amélie Fabri. Sa liaison avec Mme de Staël restera une des plus longues de l'histoire littéraire : elle le rejoindra dans son exil, ils se déchireront sur des questions théoriques, auront une fille et il partira, toujours en quête d'ailleurs. Fatiguée de ne pouvoir le régenter, Germaine se mariera avec un officier suisse après la mort de Monsieur de Staël, et ce nouveau vent poussera Benjamin dans les bras de Madame Récamier, dans une passion malheureuse qui fera dire à l'infortunée  que cet homme "n'aime que l'impossible." En un mot, d'un bout à l'autre de l'Europe, dans la froideur d'un exil où dans les décors rejoués de Paris, Benjamin n'a eu qu'un maître mot : courir la vie avant qu'elle ne le dépasse. Il a brûlé son coeur par tous les bouts et laissé à chacune de ses femmes des goûts de cendres et de rires. J'aurai aimé relevé le défi d'une femme qui lui laisserait son empreinte. Ou mieux, j'aurai aimé être lui.

Sur le plan littéraire, Benjamin l'inconstant s'explique et se dévoile sans doute un peu dans son oeuvre majeure : Adolphe. Benjamin ( nous étions fait pour nous entendre) est Balance. Corrolaire ou pas, on trouvera chez lui la figure du double, terriblement humain et faillible. Notre héroïne, Ellénore est de fait composée de plusieurs des visages féminins qui ont traversé la vie de Benjamin, surtout Germaine. Roman autocentré, un peu romantique, tout en analyse et durant lequel Benjamin parvient tout de même à se faire aimer de son public, tout comme son héros, ce monstre. Adolphe rencontre une femme qui a deux enfants avec un vieil aristocrate très riche. Il s'éprend d'elle. La séduit. Elle tombe amoureuse de lui : il n'en veut plus. Elle se meurt d'amour pour lui : il la reprend, par pitié. Elle reprend du poil de la bête et brille sans lui, il regrette amèrement ses liens tissés par pitié. Elle finit par mourir pour lui. Et ça y est, une fois morte, il l'aime.Peinture de la misère humaine qui voudriat que nous soyons si " mobiles que nous finissons par éprouver les sentiments que nous feignons." Et vous savez quoi, on finit par aimer, excuser, blâmer peut-être, ce malheureux Adolphe, cet homme de toutes les séductions...

Par Mademoiselle S
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Mardi 22 août 2006

Samedi c'était l'élection la plus attendue de l'île, celle de Miss Réunion. Les candidates étaient toutes plus ou moins jolies, c'est une affaire de goût, et les trois élues sont tout à fait honorables. Même si selon moi, et selon les votes de pas mal de réunionnais apparemment, la première dauphine aurait dû être miss. Cependant, il y a un hic. Cette année il a pris la forme de la question du jury aux candidates. Question surprise, souvent de culture générale, qui n'a pas manqué de réveler la grande pauvreté intellectuelle de nos prétendantes au titre de beauté. Ok, ok avec le trac, j'aurai peut être pas été très futée moi non plus, mais quand même. La plupart des réponses aux questions se résumaient à une explication de la question. On retiendra le bégaiement monumental d'une des candidates à la question :" quel livre vous a le plus marqué?" et la très bonne réponse d'une autre candidate sur le thème des femmes battues. Par contre on repassera sur la question de la parité homme femme et j'en passe et des meilleures. Faut-il en conclure que nos reines de beauté sont un petit peu trop jeunes? Sans doute, quand on sait qu'elles sont presques toutes fraîchement sorties de leur lycée! A quand une éléction de Miss J'ai trente an et je lis un livre en une journée de préférence durant ma pause.

Par Mademoiselle S
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Mercredi 3 janvier 2007

C'est pas une nouvelle, je sais.

Mais pour une fois ça s'applique au niveau professionnel. J'ai donc deux gueulantes à pousser, et je ne ferai pas de rond de jambes entre les deux, yeu soui fatiguée.

Premièrement, les classes hétérogènes, c'est une bonne blague. Alors il paraît que se serait bien qu'il y ait dans une classe des élèves très bons et des élèves moins bons ( parce qu'il faut pas dire nuls), comme ça, dans le monde parfait des bizounours, les uns aideraient les autres. Sauf que désolée, le père noël n'existe pas. Deuxio, c'est un vrai casse-tête pour l'enseignant. Comment voulez-vous faire progressez 20 élèves moyens, satisfaire la curiosité des quatres surdoués - parce qu'avec des capacités pareilles, ce serait dommage qu'ils s'ennuient- et en même temps, reprendre la grammaire niveau 6ème des 9 autres, qui se demandent toujours ce que signifient un alinéa. Voilà, c'est fait.

Deuxio, je suis jamais contente parce qu'on ne me changera pas. J'aime pas les mioches, c'est avoué depuis longtemps. Du coup, et désolée si j'en surprends plus d'un, je ne prépare pas le Capes de Lettres, mais celui de Documentation. Le documentaliste est à l'établissement scolaire ce qu'était la profession de Chandler dans Friends. Personne sait trop à quoi ça sert : profession en pleine mutation, j'étais optimiste dans dans le fait qu'une doc est une enseignante, mais sans classe. Eh oui, pour être doc il faut passer un capes. Et puis vivre de livres et de climatisation, ça aurait du le faire non? Mais en fait non. De remplacement en remplacement, je me dis que les mioches, surtout aux lycées, c'est pas mal, pas mal du tout. Penserai-je de même quand je ne les aurai plus à doses homéopathiques?

Jamais contente.

Par Mademoiselle S
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