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Carnet littéraire

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Jeudi 10 mai 2007

Je déjeune de plus en plus souvent avec les filles de la promo, et c'est un bien. Si jeunes mais déjà courbées , j'assiste  à la vraie déliquescence des mythes et des rêves. Etrangement, c'est dans le partage des insignifiants détails que le voile tombe le mieux.  Vous savez, comme le pixel mort sur une photo qui vous rappele que la réalité est ailleurs.

Petits détails : Petite m'a acheté une robe. Je lis Balzac. J'ai rencontré un chat. J'entends tic-tac à l'intérieur de moi-même. J'écris à une amazone. Je réfléchis beaucoup au fait que les animaux n'ont pas la capacité de représentation : une fois que vous n'êtes plus sous leurs  yeux, vous n'existez plus.

 

 

Par Mademoiselle S - Publié dans : Carnet de Vie
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Vendredi 4 mai 2007

En ce moment, il y a pas moyen de remonter une allée tranquille.

Ca fait l'air bête ça, monter ou descendre une allée, mais l'air du temps veut qu'il s'agisse d'une marche vers son destin, on dirait. Vous avez jamais remarqué? Ou alors c'est que moi et mon esprit étriqué. Quand on prend une allée, on sait où va, et on y va seul, mais épié. Les allées sont faites pour qu'on vous voit passer. Le problème c'est qu'on sait jamais dans quel état on en reviendra.

 Ces temps ci j'ai souvent remonté des allées pour ramener un garçon chez lui. Et le sentiment de gravité m'a peu à peu pénétré. Tout a commencé lorsque j'ai prisl'allée pour me rendre chez l'esthéticienne, vous souvenez-vous?

Ce matin donc, pour faire plaisir à Petite, j'ai emprunté encore une fois un chemin, le pire de tous. Quand nous étions petites et idiotes, nous allions souvent, dans la rue où habite ma grand-mère, défier le sanctuaire de toutes les peurs. Il y a  un portail rouge. Et une maisonette rouge où ne vivent que des statues baignées de fleurs et de tissus rouges. Inocentes, peur de rien, nous nous aventurions pour demander que le noël soit spectaculaire, ou pour que demander à ce que nos esprits changent de corps. Plus tard, quand ils eurent fini de nous instruire, la peur de ce lieu nous tenait muettes.

Ce matin donc, avant d'aller travailler, choisissant une heure où toutes les commères sont affairées à leur serpillère, et les hommes à la boutique, verres de rhum en main, j'ai garé ma voiture non loin du lieu et j'ai descendu l'allée.

Aussitôt leurs milliers de regards m'ont enveloppés, ça tifille madame là. Hé bin, li sava là bas.

J'en ai même croisé deux, sorties en pantoufles pour feindre de rentrer les poubelles. Elles ne savaient pas pourquoi j'allais. Je suis entrée. J'ai fait ce que je pensai devoir faire. Ca fait un moment que je n'ai plus audience chez les dieux, mais peut-être...Et lorsque je suis sortie, j'étais parfaitement seule.

Quand vous prenez une allée, vous ne savez jamais comment vous vous en reviendrez.

Par Mademoiselle S - Publié dans : Carnet de Vie
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Mercredi 2 mai 2007

J'avais une fleur.

Longtemps je l'ai gardée cachée. Dans le noir, dans des boîtes,dans de la soie dans du papier. Mais je sentai bien qu'elle poussait. Alors, j'ai regardé le soleil, et comme il était beau et fort, et que son déclin viendrait toujours trop vite, sous les tropiques d'hivers, j'ai décidé de la montrer.

Je l'ai faite belle, j'ai du enlever les épines, j'ai du arracher les lierres. J'ai préparé son écrin. Quand j'ai eu fini de la préparer, j'ai moi-même redécouvert sa beauté. J'avais les idées heureuses pendant que mon doigt carressait la soie des pétales, la finesse de la pistille, et s'accrochait légèrement aux paroies si tendrement rugueuses.

Maintenant le vent passe, la solitude passe, l'effleurent mais ne la caressent pas, et elle s'en ira mourir sans doute, fanée, dans son écrin de chairs vivantes.

Par Mademoiselle S - Publié dans : Carnet de Vie
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Lundi 30 avril 2007

Mon fils s'appelera Benjamin. Comme Benjamin Constant, l'inconstant. Vous savez, il y a des enfants qui s'appelent Clément et ne le sont pas, ou Gentil, et ne le sont pas. Alors je voudrai conjurer le sort et appeler mon fils Benjamin. Pour qu'il soit inconstant. Contrairement à ce que l' on croit, l'inconstance n'est pas le pire des défauts. Benjamin était inconstant par passion. Et ce n'est pas grand dommage. Ce qui l'est, c'est d'être inconstant par excès de raison.

Alors mon fils sera passioné, et il se nommera Benjamin.

Par Mademoiselle S - Publié dans : Carnet de Vie
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Mardi 24 avril 2007

J'ai protesté, je me suis récriée, j'ai sermoné. Mais rien à faire, Petite veut celui-là, d'homme. Alors elle est allé le chercher, sans manuel, sans conseil, d'une façon coulante et harmonieuse et travaillée. Il y a eu des bougies, un dîner, du vin et sa présence. A elle. Je pense secrètement que les hommes sont presque tous de gentils grands naïfs. Un prêche de bonne conscience leur suffit pour dormir sur leurs deux oreilles. Alors Petite l'a mis dans son lit. Elle ne lui a pas fait l'amour, et c'était sans doute la meilleure façon de le garder. Depuis elle attend qu'il revienne pour de bon. Je ne suis pas jalouse du fait qu'elle sache faire ce que moi j'ai oublié de savoir faire. Je me demande juste s'il faut aller chercher l'homme.

Ne demandez pas son avis à un homme sur la question. Elle pense que oui, qu'en sus des jeux de séductions qui cimentent la vie sociale et créent le seul véritable enjeu de nos existences, il faut prendre vite, et prendre tout ce dont on a envie. Parce que d'autres le feront avec ravissement, à notre place. Faut-il donc aller chercher l'homme? Aller le chercher au sein d'un mariage qui tangue? Aller le chercher envers et contre les mers et les avions des grands départs? Aller le chercher jusque mettre en péril sa vie, pour le suivre? Les vices sont nombreux : d'une petite intriguante vous pourriez hériter d'un homme en porcelaine, habitué surpris rendu flemmard par votre attention à son égard. Ou d'un homme en courant d'air, détaché de vous comme la brise qui passe, assuré que, comme la feuille prise par le vent, vous le suivrez.

J'ai toujours trouvé très dangereux, un pari osé, d'aller chercher l'homme. Un homme que vous faites tomber dans les filets de votre personne finira toujours par vous le reprochez, comme un enfant que l'on a manipulé et à qui la vérité se dévoilerait forcemment, un jour où l'autre. L'amour n'est pas objet  d'une partie d'échec. C'est aussi épuisant que de donner le sein à des jumeaux. Celui qui assèche le lit de la rivière de la séduction, l'autre de l'amour. Il faut donner, donner. De la pointe nacrée de vos épingles à cheveux jusqu'aux dîners amoureux. Dans tout, de la salade au plaisir, il faut mettre de soi, s'éparpiller pour l'entourer mieux. C'est épuisant psychologiquement.

C'est ça le difficile de la situation : il faut les faire tomber volontaires.

Par Mademoiselle S - Publié dans : Carnet de Vie
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