Mardi 13 novembre 2007

Voici presque six mois que j'ai une cicatrice en forme de croix sur l'épaule.
C'est en lisant un ouvrage sur le théâtre que j'ai compris. Florence Dupont y expliquait que même le passage au crime - Médée tuant ses enfants, Oedipe se crevant les yeux - n'est pas un phénomène psychologique, ne relève pas d'une volonté propre, même altérée. Ce néfas serait le point de culminance de l'emprise d'un destin, d'une folie, d'un démon, sur nous.

Il y a six mois, je me suis reveillée comme tous les matins avec le même grain de beauté sur le bras. Comme tous les grains de beauté de soleil du monde, il avait été petit, puis grand, et de plat il était devenu rond.  Alors je me suis levée, je suis allée chez une dermatologue et je l'ai fait enlevé. Parce qu'il allait grossir rapidement, que ce n'était pas esthétique un gros grain de beauté, même s'il ne présentait aucun danger, aucun. Alors je l'ai fait enlevé, et à la place d'un inesthétique grain de beauté, j'ai une très vilaine croix. 

Voilà, j'ai compris ce qu'était un néfas. J'ai fait ôter un grain, une poussière, un pointillé d'une chose dont je ne possède rien ou presque, la beauté. La folie quotidienne tient peut-être dans ces choses-là.

Mais voici aujourd'hui en marge et en creux de la cicatrice se profilent deux petits, plats, autres grains de beauté. Il faudrait téléphoner à Florence Dupont pour lui dire qu'il y a autre chose après le néfas.

par Mademoiselle S publié dans : Carnet de Vie
Mardi 19 juin 2007

En ce moment, Youtube est mon meilleur ami.

Dans quoique vous soyez, il y a une chanson pour vous. C'est peut être l'art le plus altruiste. Vous savez, la musique et les moeurs.

Il y a une fille dans le clip de James Morrison. Elle se tape contre les murs de son hôpital psychiatrique.

Je suis d'accord avec The Fray parce que moi aussi,  je sais sauver une vie. C'est pas garanti sans cicatrice visible, mais je sais faire.

Et je suis d'accord avec Amy Winehouse, j'irai pas en désintox. C'est trop facile de passer à la suite sans creuser jusqu'à l'os.

Et puisque j'écoute toujours du n'importe quoi, je suis même d'accord avec Rihanna. Sauf que c'est moi qui ai besoin d'un parapluie. Parce que oui, plus que jamais il pleut.

D'accord avec Shym, d'accord, pour une fois, avec mes cheveux qui redeviennent rouges par l'interieur. D'accord avec Petite qui noie l'amour dans la fête, l'alcool, et les copines. Moi je suis trop vieille pour ça.

                                    

 

par Mademoiselle S publié dans : Carnet de Vie
Dimanche 10 juin 2007

Cet après-midi, un de mes filleuls est venu me demander ma bénédiction pour sa première communion. Je ne sais si c'est une tradition répandue mais c'est une pratique que j'ai toujours connue dans ma famille. Je me souviens de la main de ma grand-mère sur ma tête et de son court je vous salue marie. Je me souviens de la profération de ma marraine pour le destin qu'elle me souhaitait. Et je me souviens de mon parrain, ours aux pattes de velours, tendre saltimbanque et son joyeux cri : "accordée! " .

Today donc, une petite tête brune me récitait sans respirer la phrase magique " je-te-demande-s'il-te-plaît-ta-bénédiction-pour-ma-communion". Et pendant que je mettais ma main sur sa tête j'étais attachée surtout à lui accorder ma non-bénédiction. Va, me suis-je dit, mais va loin de la présidence de mon destin sur le tien.  Ni assez pure, ni assez tranquille, comment pourrais-je placer un enfant sous la bénédiction d'un coeur tourmenté. Today je me suis rendue compte de la charge que c'est, d'être la deuxième maman.

par Mademoiselle S publié dans : Carnet de Vie
Vendredi 8 juin 2007

Ce soir, Petite est venu taper à ma porte. Lorsque je lui ai ouvert, je l'ai trouvé, métaphoriquement, les deux genoux presqu'à terre, à cause de bien des fatigues.

Je vous l'avais dit, elle était allé reconquérir son Garçon, et l'avait ramené près d'elle. Et voici quatre mois qu'elle marche sur des oeufs.  L'inconstant était parti parce qu'il n'était pas sûr de l'aimer, et parce qu'il ne voulait pas s'engager.  Alors depuis, Petite-magicienne joue de tous ses sorts et sortilèges pour qu'il tombe amoureux si haut ( tomber amoureux est la seule chute qui puisse se faire vers le haut) qu'il ne puisse jamais penser à une autre qu'elle. Elle m'a extorqué des secrets que je n'aurai même pas pu vous écrire tellement le rouge m'en serait monté aux joues, elle a exercé tous ses charmes. En somme, elle s'est dépensé à lui montrer tout son amour sans le lui dire. Car il ne faut pas faire fuir le bel homme, à qui les mots de " je t'aime" ou de " nous deux" donnent des frissons. Alors l'autre, bien aise d'être le centre de tout un monde, la caresse, lui donne des rendez-vous et a eu le temps de compter chaque brin de ses cheveux, mais cet autre ne veut toujours pas s'engager. Il y a une petite chose peureuse qui piétine dans le coeur de ma soeur, qui a besoin - maintenant - de promesses et d'engagements, de solidité amoureuse et de protection, car ma soeur est une femme-bâtisseur, avec l'ambition du beau et du solide. Et il y a dans le coeur de son homme une plume. Inoffensive mais encore volage, ne se souciant de rien que de l'air du temps, ce qui est aussi une façon d'être heureux. Il y a entre eux une incompatibilité d'aimer.

Et la question lui a tant coûté qu'elle l'a sortie dans un souffle  : " que dois-je forcer, lui ou moi?". Faut-il donc se battre partout? Même en sentiments? Faut-il abdiquer pour l'autre?

Grand malheur car la vérité ne peut sortir que de la bouche des enfants, et nous n'en sommes plus. Assuremment Petite pourrait, lui extorquer cet amour particulier qu'elle veut, lui faire promettre, puis lui faire tenir ses promesses. Et il accepterait, car oui, dans un couple il faut donner de soi et travailler sur soi.  mais l'amour a-t-il le même goût quand on l'a demandé et lorsqu'on vous l'offre? Se changer soi ou changer l'autre change le goût de la substantifique moëlle en celui d'un repas fade, mais repas quand même.  Je l'ai prevenue : elle sait qu'elle a déjà mis un genou à terre pour cet amour, et elle connaît la position dans laquelle elle se trouvera si elle plie l'autre genou.

Je me suis trouvée malheureuse de n'avoir rien à lui dire d'autre que de faire.

[edit à ce post.

Ce matin, j'ai reçu un mail de la Petite. Elle l'a quitté. Elle a relevé le genou, elle s'est mis debout, et elle a dit non. Qu'elle concevait ainsi l'amour qu'il ne devait être forcé, qu'il devait venir entier, plein, sans stoch ni plâtre. Qu'elle avait assez d'attendre que ça lui vienne, et qu'elle avait assez d'arrondir ses angles jusque se faire disparaître. Et j'ai dans les bras une femme entière qui pleure, qui pleure pourquoi les hommes ne m'aiment-ils pas assez?]

par Mademoiselle S publié dans : Carnet de Vie
Jeudi 7 juin 2007

Today j'ai pu reprendre le travail, après un arrêt forcé pour cause de dos bloqué. Manque de pot, les élèves étant partis et la grande famille des profs occupée à se goinfrer au secrétariat du bac, je suis passée d'un désoeuvrement dépressif à un désoeuvrement suicidaire, mais derrière un bureau. Un jour par semaine, je suis en binôme avec une fille particulière.

Elle était née pour être laide, mais elle a eu la grâce. Petite et moi avons inventé très tôt ce concept pour pouvoir parler de ces gens-là . Ceux qui ont la grâce. Elle a un corps grand et anguleux qui aurait du faire d'elle un corps parmis les autres. Mais la grâce a disposé des chairs et des muscles si bien que son corps est beau. Une beauté anguleuse. Ses cheveux sont comme les miens, rouges  et secs. Mais la grâce les a fait bouclés et extrêmement longs, comme une vraie crinière que j'aurai du avoir. Elle est bronzée comme moi mais pour faire oublier qu'elle est noire, la grâce lui a donné, caractéristique rare, des yeux bleus, des vrais. Sa voix trop aigüe s'arrange d'intonations lentes qui la rende douce. Tout lui réussit. Elle a sa droite un homme beau et sportif. Elle a sa gauche une intelligence suffisante. Elle a au dessus d'elle des parents aimants et vivants, et elle a au devant d'elle un avenir fait de santé. Tout ça, je l'avais vu et ça me suffisait. Du coup, comme elle ne m'aime pas - les saintes flairent les succubes de loin on dirait- , je restais dans une attitude polie mais distante, déçue peut-être qu'elle ne comprenne pas que pour survivre, quand on est seule, il faut parfois passer du côté obscur.  Mais voilà, la grâce a décidé de la toucher une fois encore et en ma présence.

Alors que ses résultats de capes n'étaient prévu que pour la semaine ensuite, je la trouve attablée et dans tous ses états au retour de la pose déjeuner : les résultats tombent, lettres par lettres. Ni une, ni deux, son nom miraculé et aimé des dieux arrive, et la voilà prise d'un orgasme derrière le bureau, dans un établissement heureusement quasi-vide. Les mains sur le ventre elle souffle, elle gémit, elle exulte toute la grâce qu'il y a en elle et qui me donne à moi envie de vomir. Et ça lui sort par les yeux  sous forme de larmes, et sa voix aigüe  pousse de petits cris de femelle au bord du moment. Devant moi.

Je me demande encore où j'ai trouvé la force de ne même pas rayer sa voiture. Parce qu'évidemment, ce jour là, c'était celui de son anniversaire, le matin, elle m'avait demandé la permission de quitter le boulot un quart d'heure avant l'heure habituelle, pour pouvoir être extrêmement belle, extrêmement intelligente et en plus extrêmement admissible à son repas d'anniversaire, dans le resto le plus branché du chef-lieu, avec à sa droite son homme, à sa gauche son intelligente, et au dessus d'elle...

par Mademoiselle S publié dans : Carnet de Vie

 

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