En ce lundi, je suis assise sur un muret de pierre. Ce matin, je me suis levée trop tôt, comme d'habitude. J'ai mis mes baskets, mon débardeur rose et mon petit short gris. Et je suis partie. Ici, le soleil du matin a comme un petit goût de thermostat. On dirait qu'il se règle tout seul, parce que vous venez de vous réveiller, qu'il ne faut pas encore vous agresser, mais qu'il va bien falloir vous réchauffer. J'ai donc pris ma voiture, et je suis allée attendre un garçon, comme d'habitude aussi. J'attends Monsieur Secret, assise sur mon muret. Il est en retard.
Comme d'habitude.
Je suis assise sur mon muret, comme un chat au soleil.
Et partout autour de ma peau, la température de l'air est parfaitement réglé.
Je suis au pied du Pic Adam. Ce n'est pas le toît de l'île, c'est le toît de mon monde.
J'ai derrière moi du vert à vous en teindre le sang, d'une si grande puissance que je ne pourrais même pas essayer de le décrire. Là, en moment précis, ce n'est pas à cause de mes mauvaises manières d'écolières que j'ai le dos rond.C'est parce que je sens peser sur moi cette masse verte et immense et je sais bien que le soleil est obligé de ruser, de contourner et d'infiltrer la montagne pour réussir à réchauffer quand mêmes mes reins.
Et assise sur mon muret, je plisse les yeux pour arriver à distinguer toutes les nuances de bleus qui me font face. Je ne peux non plus les décrire - quelques fois les mots ne sont pas à la hauteur-, je pourrais juste les comptabiliser. Il y a le bleu du ciel, celui de la mer au large. Celui de la mer qui arrive sur la côte. Et puis il y a l'île.
Assise sur mon muret, je me dis même que le racisme, ça doit commencer là : quand on se dit que tout ça, de plein droit, du droit de la naissance, ne sera jamais aussi sucré pour un autre que pour nous, insulaires. Que toute cette beauté là, est à moi.
Je ne savais pas qu'il fallait être assise sur un muret à 8h du matin pour goûter à la perfection du monde .
Dans quelques minutes Monsieur va arriver. Je vais monter, souffler, et babiller à ses côtés. Une fois au sommet du Pic Adam je ne saurais même plus mon nom tellement je serais heureuse, dans le vert, dans le bleu.
Autrefois, pour dire à Petite que les journées heureuses ne se suivent pas, je lui disais qu'il n'y avait jamais deux mardis ensoleillés. Là, j'essaie de ne plus compter : c'est vertigineux.
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