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Carnet littéraire

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Dimanche 28 juin 2009
" - Je me pose une question : est-ce que je dois t'embrasser ou pas ? "
Celle-là, je ne l'avais pas vue venir. Ma cuillère reste suspendue au dessus de la chantilly de ma glace, café liégois. Il fait chaud, il y a du bruit dehors, c'est la gay pride dans les rues.
Je suis à Paris, à la terrasse d'un café, le Sorbon, tout près de la Sorbonne. Je suis avec un garçon, un autre, dont je n'ai jamais parlé ici auparavant. Je l'ai rencontré cette année, et j'ai fait le tour de sa grande personne. Il est souvent fort, presque toujours malin ( il croit qu'il fait le malin là d'ailleurs) , et carapacé. Il est en couple, évidemment. C'est monsieur Secret. Comme souvent la vie me tend des perches absolument improbables, il se trouve que nous sommes assis tous les deux à la terrasse d'un café parisien. Dans le feu de nos déplacements professionnels,  nous avons réussi à nous ménager une mi-lune de miel. Il a été miel durant les 12 heures d'avion, puis de plus en plus miel durant les jours de nos tribulations parisiennes. Et tiens, là, voilà un homme qui enlève sa carapace.
Il se demande si, une fois chacun rentré dans ses pénates, je ne vais pas lui sortir de la carte de la femme désespérée, l'amante lesée, celle qui a cru au miel, celle qui voudrait garder le pot. Ah bon, je pourrais penser ça, moi ? C'est une option possible ? Je pourrais croire qu'il m'envisageait sur le long terme ? Et donc être deçue par la suite ?
Ce qu'il y a de bien avec la mémoire, c'est qu'hormis la cicatrice qui traîne sur mon épaule, celle en forme de croix, la mémoire oublie. J'avais oublié, en effet, qu'à une époque, je pensais vraiment que les hommes qui ouvraient une parenthèse avec moi envisageaient de ne jamais la refermer. Et là, assise dans les mêmes terrasses de café, sous le même soleil parisien, je mesure le temps parcouru, entre mes 20 ans et mes 25. Evidemment que non, il ne quittera pas sa femme pour moi, et évidemment que oui, de retour chez nous, il baisera d'autres mains, un autre cou, d'autres paupières que les miennes. Et ça ne me heurte même plus. Les garçons sont safe, je l'ai expliqué déjà.
J'essaye de lui expliquer ça, maladroitement, en étouffant les nausées de ma conscience : combien de temps encore serais-je juste une parenthèse intéressante pour les hommes ? Est-ce que c'est moi qui m'investis dans ce rôle ?
 Il me dit qu'il est imprévisible et je souris (c'est mieux que de pleurer ) car je savais d'avance que c'était le genre d'homme à toucher ma main d'un doigt au restaurant, en public, en présence de sa femme, pour me demander si je reprenais de l'alcool. Là où, dans l'intimité permise par les 10 000 kms, ma main est dans sa bouche, dans ses cheveux, dans son dos. Tout comme il est prévu qu'une fois rentrés , il marchera à trois pas de moi, et ne me soufflera plus dans le cou que lorsque nous serons seuls. Prévisible aussi le fait que, effrayé par ma non-peur de son corps, il rompe le contact quelques temps.
Cependant, pour l'heure, il me semble qu'il n'y a là rien de plus bénéfique à faire que de profiter de sa présence, de son intelligence, et de son corps. Car c'est un homme remarquable. Quand vais-je finir de brûler ma vie par tous les  bouts ? Je suis censée être là pour des raisons professionnelles importantes, décisives, et au lieu de ça, je goûte aux baisers d'un homme, je mange des glaces, et je vais à la comédie française. Petite rentre ce soir, je vais la revoir, ça fait un an déjà.

Par Mademoiselle S - Publié dans : Carnet de Vie
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Dimanche 8 février 2009

Il y a sans doute quelque part sur ce blog un vieil article qui criait ma haine des garçons à 20 ans. Pas de tous les garçons, non, de ceux qui vous prenaient comme un corps, désiraient votre bouche et votre peau jusqu'à la derniere miette, et pour qui c'était tout. A 20 ans les garçons voulaient du sexe.
Maintenant que j'ai presque 25 ans, c'est presque sans même une once d'aigreur que je constate que les garçons ont changé. Ceux sont des trentenaires maintenant, et ils ont peur du sexe.
Alors bien sûr, comme le monde est toujours monde, les garçons cherchent les filles, surtout les garçons en couple, mais ils sont safe. Ils savent bien maintenant qu'ils seront pères de famille, presques mariés tous, avec une femme et une certaine réputation. Alors ils vous cherchent toujours et moi je souris doucement des milligrammes dont ils se suffisent. Avant, là où on voulait me caresser, on ne fait plus que m'effleurer. Les bras se frôlent , assis en rangs serrés lors des réunions. Là où on caressait mes cheveux, on fait juste semblant, maintenant, de m'enlever une brindille. Alors qu'avant on mettait une main sur ma cuisse en conduisant, on se contente d'une tape, assortiment d'une blague vite pensée, vite débitée. J'en ai trois en ce moment, des comme ça. En couple, un peu heureux, beaucoup malheureux, et qui viennent respirer dans ma compagnie un peu d'une autre vie rêvée. Le premier est un grand timide, heureux par dépit, parce qu'il a choisi cette voie. Quand il me parle certains jours je vois un pli sur son front qui m'indique qu'il pense à tout autre chose qu'à ce qu'il dit. Souvent je rigole parce qu'il parle à mes jambes et que le rouge lui monte aux joues, ces jours-là. Le deuxième ne se leurre pas : il s'est lassée d'elle, mais c'est comme ça, ça fait 9 ans, et il sait vivre avec elle. Et comme il est malin, il nous ménage des pauses en dehors du boulot pour pouvoir poser un bras sur mes épaules. Le troisième est un don juam. Il n'est l'homme de personne, il a aussi choisi cette voie là. Je ne suis qu'une fille de plus. Cependant ceux sont des hommes bien, tous. C'est bien parce qu'ils sont sages qu'ils ne font que flirter avec le corps d'autres femmes, qu'ils ménagent en douce, parfois sans hypocrisie, l'équilibre qu'il faut à leur égo, à leur libido. Alors qu'avant il fallait défendre les corps contre les assauts sensuels des hommes, maintenant, il faut guetter l'ombre d'un baiser avec espoir. Parce que les garçons auront toujours besoin d'un autre parfum, d'un autre rire, et d'autres cheveux, mais que maintenant ils ont peur, qu'ils ont trop à perdre. Pour tout ça, je sais donc intimement qu'aucun d'entre eux n'osera jamais, ne quittera sa femme pour moi.

Par Mademoiselle S - Publié dans : Carnet de Vie
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Jeudi 8 janvier 2009

Si j'avais su qu'une seule personne, quelque part, attendait que j'écrive, alors j'aurai écrit.
Mais je ne savais pas.
Alors voilà, il paraît que c'est quand l'on a rien à dire que l'on écrit le mieux.  Ces petits rien sont nombreux et minuscules.
Je suis assise dans une pièce spacieuse, et tout autour de moi a été choisi avec soin. J'ai un bel appartement, quelque chose d'un peu luxieux et de très calme, comme je l'avais souhaité.
J'ai perdu 17 kilos. J'ai de nouveau un corps presque rêvé.
J'ai un chat, pour ne pas dire qu'un chat m'a eue. Il s'appelle Emile Zola, parce que je n'ai rien trouvé de plus drôle.
Je ne vous avais pas dit non plus, mais je suis allée passer l'oral de mon capes il y a quelques mois  : j'y suis allée droite, raide, et bien réveillée, mais je ne l'ai pas eu.
Il fait si chaud ici que le temps n'a pas d'autre alternative que de s'épancher en orages et en pluies diluviennes dès 11 heures du matin. Une chaleur, rare, étouffante, comme je les aime, et qui me laisse de longues heures allongée dans mon lit.
La dernière fois que j'ai mis la langue dans la bouche d'un garçon, c'était dans celle de Monsieur Chat, et c'était une erreur délicieuse, douloureuse.
Il n'y a pas eu d'autres garçons mais je recommence à mettre des fleurs chez moi.

Je crois que c'est tout. Mais je ne peux pas promettre de réécrire.

Par Mademoiselle S - Publié dans : Carnet de Vie
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Lundi 28 juillet 2008

Ces temps-ci, je mets ma vie en boîte. Je déménage. Ce ne sera pas, malheureusement, l'occasion d'une nouvelle vie puisque je ne vais qu'à deux pas de chez moi, et que le temps coulera dans ma nouvelle maison avec la même pesanteur mortelle que dans celle-ci.
Faire visiter son appartement, c'est faire de drôles de rencontre, c'est poser un oeil voyeur et curieux sur une personne, dans une chose qu'elle a d'assez intime : sa maison, son désir de maison.
Les belles insouciantes ont trouvé l'appart idéal, parfait. Les filles de bonnes familles ont fait la moue devant l'absence de barrière sécuritaire, digicode, entre elles et le monde. Celles à qui il tarde d'être mère l'ont trouvé trop petit, peut-être.
Faire visiter son appartement, c'est aussi l'occasion de tendre une perche au destin. C'est ainsi que je me suis retrouvée nez à nez avec la belle brune, celle qui avait, avec moi, essuyé les bancs du lycée et m'avait brisé le coeur en me piquant mon premier amour de jeunesse. Et comme il y a dix ans, sa beauté et sa gentillesse parfaite ne permettent toujours pas de lui en vouloir.

Je sens que j'ai tort, mais voilà, c'est parti, je déménage.

Par Mademoiselle S - Publié dans : Carnet de Vie
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Mardi 13 novembre 2007

Voici presque six mois que j'ai une cicatrice en forme de croix sur l'épaule.
C'est en lisant un ouvrage sur le théâtre que j'ai compris. Florence Dupont y expliquait que même le passage au crime - Médée tuant ses enfants, Oedipe se crevant les yeux - n'est pas un phénomène psychologique, ne relève pas d'une volonté propre, même altérée. Ce néfas serait le point de culminance de l'emprise d'un destin, d'une folie, d'un démon, sur nous.

Il y a six mois, je me suis reveillée comme tous les matins avec le même grain de beauté sur le bras. Comme tous les grains de beauté de soleil du monde, il avait été petit, puis grand, et de plat il était devenu rond.  Alors je me suis levée, je suis allée chez une dermatologue et je l'ai fait enlevé. Parce qu'il allait grossir rapidement, que ce n'était pas esthétique un gros grain de beauté, même s'il ne présentait aucun danger, aucun. Alors je l'ai fait enlevé, et à la place d'un inesthétique grain de beauté, j'ai une très vilaine croix. 

Voilà, j'ai compris ce qu'était un néfas. J'ai fait ôter un grain, une poussière, un pointillé d'une chose dont je ne possède rien ou presque, la beauté. La folie quotidienne tient peut-être dans ces choses-là.

Mais voici aujourd'hui en marge et en creux de la cicatrice se profilent deux petits, plats, autres grains de beauté. Il faudrait téléphoner à Florence Dupont pour lui dire qu'il y a autre chose après le néfas.

Par Mademoiselle S - Publié dans : Carnet de Vie
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